On a donné de ce vers une traduction restée célèbre
0 Rome fortunée
Sous mon consulat née !
Mais, très probablement, le mot natam, dans le vers do Cicéron, avait le sens du participe passé du verbe êtrCy participe qui n'existe pas en latin.
3. Préface dé la tragédie de Catilina ou Rome sauvée. A, Epigr,, II, 89 :
Quod scribis versus Musis et Apolline nuUo Laudari debcs : boc Ciceronis babes.
Correspondance de Cicéron. — Hâtons-nous de nous dédommager de ces critiques en parlant de la charmante et instructive correspondance de Cicéron. Elle comprend 864 lettres, dont 90 qui lui sont adressées, et forme quatre recueils différents. Le premier est désigné le plus souvent sous le nom de Lettres familières [Ad familiares), titre impropre, car on y trouve beaucoup moins d^abandon que dans les lettres à Atticus, ami particulier de Cicéron. Ce titre ne se rencontre qu*à partir de l'édition de Henri Ëstienne, en 1526 *. L'autre titre, Ad diverses^ ne remonte pas plus que le premier à Tantiquité, et d'ailleurs l'expression n'est pas latine en ce sens. Ces lettres forment seize livres ; elles sont adressées souvent aux principaux personnages de Rome, à Pompée, à César, à Caton, à Cassius, à Pollion, à Antoine, à Marcellus. Elles commencent à l'année 63 avant J.-C. et finissent à 43; mais l'ordre chronologique n'y est pas suivi. Elles sont groupées, en général, suivant les noms des destinataires; le livre XIV contient exclusivement des lettres à Terentia et à d'autres membres de la famille; le XVP, des lettres à Tiron, affranchi et secrétaire de Cicéron, celui qui sans doute, avec Atticus, a publié la plus grande partie de cette correspondance.
Les lettres à Atticus forment aussi seize livres. Elles commencent en 88 avant J.-C. et ne finissent que dans les dernières années de la vie de Cicéron. En général, Tordre chronologique y est observé. Atticus, homme prudent et circonspect par excellence, voulut qu'elles ne fussent publiées qu'après sa mort ; encore eut-il soin de supprimer les siennes, bien que Cicéron les eût soigneusement conservées ; il en résulte que
1. Bender, Hist, abrégée de la littérature romaine ^ page 80. Cô que nous avons des lettres de Cicéron a été découvert par Pétrarque, d'abord en 1345, puis quelques années plus tard.
certains passages de ce recueil sont inintelligibles pour nous.
Le troisième recueil comprend trois livres de lettres à l'adresse de Quintus, frère de l'orateur {Ad Quintum fratrem) , de 60 à 54. Le quatrième ne contient que vingt-cinq lettres de Cicéron à Brutus et de Brutus à Cicéron. Ces lettres forment deux livres; on en a contesté Tauthenticité, surtout celle du second Kvre.
Cette correspondance est loin d'embrasser tout ce que les anciens possédaient. Les auteurs des siècles qui suivirent Auguste citent souvent des recueils de lettres que nous ne connaissons pas. Il est probable que la plupart avaient été formés au temps d'Auguste. On en tira des extraits renfermant des développements, tantôt sur l'éloquence, tantôt sur la philosophie, tantôt sur l&^litique. Au moyen âge, on ne connaissait plus c^ lettres ; ce fut Pétrarque qui découvrit ce que nous possédons vers le milieu du xiv* siècle, et il s'éCFJait : « Enfin, )èur le bord de ma tombe^ je connais Cicéron î »
En effet, si cette correspondance est précieuse pour l'histoire d'une époque mal connue et pour l'étude des caractères, des mœurs, de mille incidents significatifs de la vie publique et de la vie privée, elle nous permet surtout d'apprécier les qualités et les défauts, les vertus et les faiblesses de Cicéron; on juge là, beaucoup mieux qu'ailleurs, « cette insatiable vanité, cette mobilité d'impressions, cette facilité à se laisser saisir et dominer par les événements * » , qui expliquent les fautes de sa vie et l'inconsistance de sa politique. C'est là que ses ennemis modernes ^ ont puisé pour condamner, avec une sévérité excessive et injuste, un personnage admiré longtemps sans réserve. Mais, si quelques-unes de ses lettres fournissent des argu-