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De meis comiWs, seu meorum consiliorum expositio

Histoire romaine ; le biographe Cornélius Népos, dans un fragment conservé où il vante les services que Cicéron a rendus à Téloquence et à la philosophie chez les Romains, dit que sa voix seule était capable d'élever l'histoire au même niveau. « Sa mort, ajoute-t-il, a été aussi funeste à l'histoire qu'à la république. » Sans doute, Cicéron aurait porté dans ce nouveau genre de composition les mêmes qualités, le même caractère de style. Cependant, si sa gloire est avant tout celle du grand orateur, on peut dire que, chez les anciens et chez les modernes, il a paru peu d'esprits plus riches et plus flexibles, peu d'hommes qui aient possédé à un plus haut degré le don merveilleux de populariser les idées, qui aient réuni plus complètement tous les talents du critique et de l'écrivain supérieur, la délicatesse exquise du goût, la richesse de l'imagination, l'ardeur de la sensibilité, la transparence et le naturel, l'éclat et le mouvement du style.

Bibliographie : Plutarque, Yie de Cicéron. — Fabricius, Historia Ciceronis (1563, in-8®). — Lambin, Genus^patria, tngemum, studiayelc., M, T, Ciceronis (1566, in-folio). — Morabin, Histoire de Cicéron (1745, 2 v. in-4«). — Middleton, Histoire de la vie de Cicéron, Londres 1741, traduct. française de Prévost d'Exilés (1742, 4 v. in-12). — Villemain, Art. Cicéron dans la Biographie universelle de Michaud. — A. F. Gautier, Cicéron et son siècle (1842), in-8". — Patin, Etudes sur la poésie latine, t. II. — G. Boissier, Cicéron et ses amis. — Thèses de doctorat : Le Geay, Marcus Tullius Cicero philosophiœ historicus({%ik^). — Ch. Benoit, Historica de M. T. Ciceronis Officiis commentatio, in-8« (1846). — C. Lenient, De Ciceroniano bello apud recentiores, in-8» (1855). — Faguet, Be poetica M. Tullii facultate, in-8° (1857). — Arth. Desjardins, De scientia civili apud M. Tuilium Ciceronem, gr. in-8° (1858).-— D'Hugues, De M. Tullii Ciceronis in Cilicia provincia proconsulatu

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in-8* (1859), ouvrage développé plus tard en français et publié sous ce titre : Une province romaine sous la republique, in-12. — Charaux, Quid de gloria senserit M. Tullius Cicero, in-8" (1866). — Jeannel, Unde hauriantur et quomodo sanciantur M, T, Ciceronis officia, in-8**(1867). — Clavel, De M. T. Cicérone Grœcorum interprète, in-8o (1868). — Lantoine, De Cicérone contra oratores atticos disputante, in-8*» (1874). — Belin (Ferd.), De M, Tullii Ciceronis orationum deperditarum fragmentis,in-S^ (1875). — Ouvrages allemands : Drumann, Geschichte Roms (Kœnigsberg, 1834-44); Gerlach, M, Tullius Cicero (Bàle, 1864).

CHAPITaE III

LES niSTORIENS

Atticus, — César.

En même temps que Téloquence romaine arrivait à la perfection, l'histoire produisait des œuvres dignes d'être comparées aux plus beaux monuments de la Grèce.

^lins Tuberon. — Sans compter Cicéron lui-même, beaucoup de contemporains du grand orateur s'étaient exercés dans ce genre si cultivé déjà pendant la période précédente. Les noms de César et de Salluste ont éclipsé tous les autres. Nous citerons seulement ceux de Q. ^Elius Tuberon, orateur et jurisconsultev auteur d'une histoire romaine qui s'étendait jusqu'à son temps, et de T. Pomponius Atticus, célèbre aujourd'hui par la correspondance et l'amitié de Cicéron et par la biographie de Cornélius Népos.

Atticus. — Nous avons déjà parlé de ce singulier et habile personnage, que son égoïsme épicurien tint toujours en dehors de la vie publique, qui vécut vingttrois ans à Athènes, loin des sanglantes révolutions de Rome et qui, sans se déclarer jamais pour aucun parti, eut l'art de rester l'ami à la fois des vainqueurs et des vaincus, des proscrits et des proscripteurs. Atticus fut avant tout un adroit spéculateur, qui s'en-

richit par l'exploitation de grands domaines achetés en Epire, par le commerce de livres, car il avait chez lui des esclaves, habiles copistes, et il publiait avec de grands bénéfices les ouvrages nouveaux, surtout ceux de son ami Cicéron qui étaient très recherchés. A ces deux industries, il en joignait d'autres d'une honnêteté plus contestable, celles des gladiateurs qu'il dressait pour les jeux, et du commerce de l'argent à gros intérêts. Sa fortune s'accrut encore par l'héritage d'un oncle, Q. Gsecilius, usurier fameux qui lui laissa dix millions de sesterces (plus de deux miUions de francs). Il faut dire qu'il fit de ses richesses un emploi honorable, que sa bourse fut toujours ouverte à ses amis, et que, s'il a retiré des profits de la vente des livres de Cicéron, il est souvent venu en aide à celui-ci dans l'administration de ses affaires, et qu'il n'a pas épargné l'argent pour le tirer de ses embarras financiers.

Atticus avait d'ailleurs le goût des arts ; il fut le premier Romain qui osa déclarer franchement cette passion ; pendant son séjour à Athènes, il se fit une riche collection de tableaux et de statues. Il composa même des ouvrages sur les beaux-arts.

Au milieu de ses affaires, il trouva aussi du loisir pour quelques travaux historiques. Il écrivit en grec un mémoire sur le consulat de Cicéron; il rédigea, sous le nom d'Annalis, des tableaux synchroniques de toute l'histoire romaine. 11 paraît que cet ouvrage était un sommaire sec et sans intérêt. Il avait composé aussi, pour plaire à des amis, des généalogies complaisantes qui énuméraient l'origine, les hauts faits, les dignités de certaines grandes familles. On a lieu de croire que la vérité historique n'y était pas très respectée *.

1. Pour bien connaître Atlicus, lire le très intéressant chapitre- de M. G. Boissicr, dans son ouvrage intitulé : Cicëron et ses amis^ leédit, p. 129 kl66.

- Hâtons-nous d'arriver à des ouvrages plus importants et à des historiens plus dignes de ce nom.

César, —a César, a dit Chateaubriand, est l'homme le plus complet de l'histoire, parce qu'il a le triple génie du politique, du guerrier et de l'écrivain. » De ces trois aspects sous lesquels on peut considérer le célèbre Romain, un seul est de notre compétence. César est avant tout, pour nous, l'auteur des Commentaires^ l'historien aussi intéressant que rapide, Técrivain dont la simplicité précise et vive, le naturel exquis, l'emportent sur le style le plus travaillé et le plus savant-. Telle est d'ailleurs l'influence que sa vie a exercée sur les destinées de Rome et du monde, que les principaux événements en sont demeurés populaires : aussi nous suffira-t-il d'en- marquer rapidement les traits caractéristiques.

Vie de César. — Caïus-Julius Csesar naquit, le 12 juillet iOO (av. J.-C), d'une famille patricienne qui prétendait remonter jusqu'à Enée et a Vénus. Il était lieveu de Marins, qui avait épousé la sœur de son père. Cette parenté influa sur l'avenir politique du jeune homme, et, dès l'âge de dix-sept ans, il se lia encore avec le parti populaire par son mariage avec Cornélie^ fille du fameux Cinna, un des plus fougueux auxiliaires de Marins. Il faillit même être victime de ces engagements : Sylla, qui avait deviné les talents et l'ambition du jeune César, voulut le contraindre à répudier Corné lie, et, sur son refus, le faire périr ; mais, cédant aux instances de la noblesse, le dictateur épargna, bien qu'à regret, celui « dans lequel il voyait plusieurs Marius ». César s'éloigna, et alla faire ses premières armes en Asie devant Mitylène, assiégée par le préteur l^hermus. Après la mort de Sylla, il revint à Rome, et commença à faire connaître son éloquence par une

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accusation contre Dolabella, ancien gouverneur de la Macédoine. Le crédit de Taccusé et le talent d'Hortensius firent échouer la poursuite. César retourna en Asie et suivit à Rhodes les leçons du célèbre rhéteur Molon, qui fut aussi, nous Tavons vu, le maître de Cicéron. Dès cette époque il signala par un trait frappant Faudace de son caractère et son génie guerrier : Mithridate avait attaqué des provinces alliées de Ronle ; César, simple particulier, passe sur le continent, rassemble des troupes et repousse Tinvasion du roi de Pont.

Mais sa carrière politique ne commence vraiment qu'à son retour à Rome, peu de temps après cette campagne. Il saisit toutes les occasions de se présenter comme le défenseur du peuple et des alliés, comme l'adversaire des lois de Sylla. Il célèbre avec pompe les funérailles de sa tante Julia, la veuve de Marius ; il prononce son oraison funèbre, et il ose, dans cette solennité, produire les images du vainqueur des Cimbres : le peuple encourage par ses acclamations cette première hardiesse. Bientôt, devenu édile (65), il relevait au Capitple les statues et les trophées de Marius. La magnificence des jeux qu'il donna pendant son édilité, l'argent qu'il répandit avec une effrayante profusion, achevèrent sa popularité. Pompée, qui était alors dans tout l'éclat de sa gloire et de sa puissance, commença à s'apercevoir qu'il fallait compter avec César. Celui-ci, en 63, s'était fait élire grand pontife, et cette dignité importante, qui le rendait chef de la religion, lui assurait en môme temps l'inviolabilité. La môme année il devenait préteur désigné. C'était l'époque de la conjuration 4ie Catilina; le chef futur de la justice à Rome fut soupçonné d'avoir trempé dans le complot. ^on habile éloquence prôta du moins aux coupables un appui indirect : dans la fameuse délibération du sénat, il plaida avec beaucoup d'art la

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cause de la légalité et combattit la peine de mort. Ses efforts échouèrent^ grâce à un discours énergique de Caton ; mais la joie arrogante de Cicéron et du sénat ne tarda pas à servir les vues ambitieuses de César.

A Tissue de sa préture, il était allé prendre le commandement de l'Espagne ultérieure, que le sort lui avait assignée pour province. Après quelques mois signalés par de brillants combats contre les Lusitaniens, il revenait à Rome former, avec deux des plus anciens chefs du parti aristocratique, Pompée et Crassus, le premier triumvirat (60). Comment s'était opéré ce singulier rapprochement? Le vainqueur deMithridate avait été blessé, à son retour, du retentissement de la victoire civile de Cicéron ; l'opposition du sénat, qui lui refusa une ratification générale de ses actes, acheva de Tirriter. De son côté, le riche Crassus avait à se venger de l'aristocratie qui Tavait relégué au second rang, qui avait répandu contre lui des soupçons de Complicité avec Catilina. Déjà, au moment du départ de César pour l'Espagne, il s'était engagé avec le chef du parti populaire. Les créanciers de celui-ci refusaient de le laisser partir ; Crassus se fit sa caution pour la somme énorme de trente-cinq millions de sesterces (près de dix millions de francs). Ainsi se prépara et se conclut l'alliance si habilement exploitée par César et dont tous les avantages furent pour lui.

Grâce à l'appui de Pompée et de Crassus, et malgré l'opposition du sénat, il est nommé consul (59). Sans tenir compte de son collègue Bibulus, qui déclare fériés tous les jours de son consulat, il fait passer une loi agraire, la première qui ait été appliquée depuis celle des Gracques ; des distributions de blé, des jeux, charment la multitude ; enfin il se fait donner pour cinq ans, avec le titre de proconsul, le gouvernement des deux Gaules et de l'Illyrie. La Gaule cisalpine était la province la plus voisine de Rome ; de là il

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pourrait facilement surveiller les événements intérieurs et diriger son parti ; quant à la Gaule transalpine, elle lui offrait Toccasion d'acquérir trois choses nécessaires à la réalisation de ses projets, une renommée militaire qu'il pût opposer à celle de Pompée, une armée dévouée, des trésors, César lui-même a fait connaître, avec une vérité frappante, le caractère et les événements de cette opiniâtre et glorieuse guerre des Gaules ; il lui fallut, pour la finir, un renouvellement de ses pouvoirs pendant une seconde période de cinq années. Au bout de ce temps, la Gaule était décidément conquise, et le vainqueur, impitoyable pendant la lutte, s'appliquait à gagner les vaincus par ses ménagements et sa douceur. Bientôt la légion gauloise de Yalouette allait combattre énérgiquement pour lui, et venger sur les Romains trois millions de Gaulois, victimes de la guerre d'indépendance.

Pendant ces glorieuses campagnes, Rome avait eu dix années de misérable anarchie ; sans cesse les luttes de Clodius et de Milon avaient ensanglanté le forum. Après le meurtre de Clodius, le sénat, impuissant contre les émeutes qui épouvantaient la ville, avait nommé Pompée seul consul, avec des pouvoirs presque absolus. Celui-ci était donc au moment d'atteindre le but de son ambition et de devenir légalement le maître de la république. On comprend que son amitié de circonstance pour César en ait été singulièrement refroidie ; d'ailleurs la mort de Julie, fille de César et femme de Pompée, avait rompu le plus fort des liens ^qui les unissaient (54), et la triste fin de Crassus, tué dans sa malheureuse expédition contre les Parthes (53), acheva la rupture. Le triumvirat était brisé : deux hommes restaient en présence, rivaux d'ambition, de gloire, d mfluence, sinon de puissance réelle et de génie ; la crise était inévi-

table. Pompée la précipita en faisant retirer à César ses pouvoirs et son armée (!«' janvier 49), tandis que lui-même était revêtu du commandement de toutes les forces de l'Italie. Deux tribuns opposèrent leur veto à ces mesures du sénat ; chassés de Rome, ils se réfugièrent auprès de César et lui fournirent un prétexte pour engager la guerre.

Rien n'est plus connu que cette lutte, où l'incapacité de Pompée, la faiblesse et l'inintelligence du parti aristocratique parurent si visiblement. La victoire resta au plus actif et au plus vigilant, au plus hardi et au plus habile. Après la défaite des armée? du sénat en Espagne, en Gaule, en Thessalie, en Afrique, après la mort de Pompée et de Caton, César rentrait à Rome (46) et triomphait pour les Gaules, pour l'Egypte, dont il avait comprimé la révolte, pour le Pont, dont il avait vaincu en courant le roi soulevé *, enfin pour l'Afrique. L'année suivante, la bataille de Munda, gagnée sur les fils de Pompée, qui avaient soulevé l'Espagne, achevait la pacification de l'empire.

César essaya de justifier sa victoire en rompant avec toutes les traditions de Marins et de Sylla, et en pratiquant, avec une magnanimité jusque-là sans exemple, cette politique de conciliation et d'oubli que Cicéron a magnifiquement célébrée. Puis il s'occupa de réformer l'administration de la justice, de ranimer Tagriculture, de corriger le calendrier, de former des bibliothèques publiques, de défricher les marais Pontins, de créer à Ostie un vaste port, de relever Corinthe et Carthage, qu'il repeupla en y envoyant des colonies. En même temps il songeait à venger Crassus, et il préparait une grande expédition contre les Parthes. C'est alors qu'il tomba dans le sénat (15 mars

1. Pharnace. C'est alors qu'il écrivit au sénat ces trois mots : Vent, vidi, vici.

43), frappé de vingt-trois coups de poignard. Il n'avait que cinquante-huit ans.

Quoique la vie de César ait été remplie par les travaux de la politique et de la guerre, on donnerait une idée incomplète de cette activité prodigieuse» si Ton ne présentait le tableau des nombreux travaux littéraires qui semblent n'avoir été pour lui qu'un délassement, une diversion à tant d'autres soins. Aujourd'hui, ses titres comme écrivain se réduisent aux Commentaires sur la guerre des Gaules et Sur la guerre civile; mais, auprès de ses contemporains, il en avait bien d'autres ; comme orateur, comme grammairien et même comme savant, il se plaçait encore parmi les premiers de son siècle.

César orateur. — Sauf quelques fragments sans valeur, le temps n'a rien épargné des monuments de réloquence de César ; nous savons seulement, par les témoignages des anciens, qu'elle était grande. Le biographe Suétone * parle de l'impression produite par cette accusation qu'un jeune homme de vingt et un ans osa intenter au puissant Dolabella. Plus tard, l'éloge funèbre de Julia, la défense des Bithyniens, beaucoup d'autres discours mentionnés par les anciens, ne brillèrent pas d'un moindre éclat. Mais rien ne fait mieux juger du talent oratoire de César que l'appréciation délicate et précise de Cicéron :

César, dit- il dans son Dialogue sur les orateurs illustres 2, prenant la raison pour grade, corrige les vices et la corruption de l'usage par un usage plus pur et un goût plus sévère. Aussi, lorsque, à cette élégante latinité nécessaire à tout Romain bien né, ne fût-il pas orateur, il ajoute les ornements de Téloquence, ses pensées sont

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