‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 117 sur 433 · Gh. Lxxii · texte numérisé non relu

Gh. Lxxii

2. Tanquam scopulum sic fiigias anauditum atquc iosoleos verbum, cité par Aulu-Gelle, Ntdts attiques, I, iO.

Je suivrai très volontiers vos conseils, d'autant plus que de moi-même j'avais résolu de montrer toute la douceur possible et de tout faire pour me réconcilier avec Pompée. Tentons par là, si nous pouvons, de ramener toutes les volontés et de rendre la victoire durable ; car la cruauté de nos devanciers n'a servi qu'à les faire détester, et leur victoire a été courte. Sylla fait exception ; mais je ne le choisirai jamais pour modèle. Changeons les traditions de la victoire ; prenons pour appuis la clémence et les bienfaits i.

L'Anti-Caton. — On sait combien César fut fidèle à ce programme : suivant Texpression de Pline TÂneien, rappelée par Bossuet, il fut clément jusqu'à être obligé de s'en repentir *. « Oh ! Caton, s'écria-t-il quand son adversaire le plus acharné se fut frappé à Utique, tu m'as envié la gloire de sauver ta vie. » Cependant il ne laissa pas sans réponse le livre que Cicéron composa pour célébrer l'inflexible républicain ; il riposta par VAntiCaton, réfutation en deux livres, où Plutarque signale des attaques passionnées et des imputations injustes. Quand on songe que celui qui pouvait tout ne se vengea pas autrement du livre publié en l'honneur de son ennemi, quand on se rappelle qu'il voulut sauver Caton, peut-on lui reprocher sévèrement l'ardeur de cette polémique?

Poésies. — Cet écrivain, si habile à manier la prose, avait aussi composé beaucoup de vers. Suétone cite, comme œuvres de son adolescence, un Floge d'Hercule et une tragédie d'Œdipe. Ce goût pour la poésie, alors très répandu dans la société élégante de Rome,

1. Cicéron, Lett. à Attictis^ IX, 7. « Hœc nova sit ratio vincondi, ut roisericordia et liberalitate nos muniamus. »

2. Pline, IX, 28. Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre : « GaBsari proprium et peculiare clementiœ insigne, qua usqne ad pœnitentiftm omnes 8uperavil. •>

ne s'éteignit pas au milieu des agitations de la vie politique et des travaux de la vie militaire. Lorsque César se rendait dans son gouvernement de TEspagne ultérieure, il composa en chemin un poème intitulé Voyage [Iter), Cet ouvrage est perdu ainsi que d'autres petites pièces connues sous ce nom: Epigrammata, Cependant il en est une que Tauteur de la Vie de Térence a conservée ; c'est une appréciation juste et fine du talent de Térence : nous Tavons citée dans notre chapitre sur ce poète. Elle ferait juger que César, en dépit de la condamnation dédaigneuse exprimée par un des interlocuteurs du Dialogue des orateurs * attribué à Tacite, portait dans la poésie le naturel élégant et délicat qui distingue ses écrits en prose.

Malgré ces travaux si variés, malgré d'autres ouvrages savants, et particulièrement des livres sur le droit augurai et sur les auspices, chez les anciens déjà, le grand monument du génie de César était ses Mémoires, Nous n'avons donc pas à nous plaindre du temps, qui a préservé de toute atteinte ces récits, précieux pour l'homme de guerre, si instructifs aussi et si attrayants pour le lecteur désintéressé.

Commentaires sur la guerre des Gaules. — Les

Commentaires ou Mémoires sur la guerre des Gaules sont divisés en sept livres : c'est l'histoire entière de cette lente et rude conquête, depuis la guerre contre les Helvètes et contre Arioviste, jusqu'à la victoire décisive d'Alésia et à la captivité de Vercingétorix. L'ordre chronologique est exactement suivi : c'est d'abord la

1. Gh. XXI. Après quelques mots sur les discours de Brutus et de César vient cette phrase : « Ils ont fait des vers et les ont déposés dans les bibliothèques ; et, sans être meilleurs poètes que Cicéron, ils ont été plus heureux, car moins de personnes savent qu'ils ont écrit en vei*8. »

défaite des Helvètes et d'Arioviste, en 58 (livre ï*""); puis celle des Nerviens au nord et des Armoricains au nord-ouest, en 57 (livre II) ; ensuite la guerre maritime contre les Vénètes (Morbihan) et la lutte contre les Aquitains, les Ménapiens (rive gauche du Rhin) et les Morins (département du Pas-de-Calais), en 56 (livre III) ; la défaite des Teuctères et des Usipètes (bords du Rhin), le premier passage du Rhin et la première expédition de Bretagne, en 55, remplissent le livre IV; le livre V raconte la deuxième expédition contre les Bretons et le massacre de quinze cohortes romaines par les Eburons (bords du Rhin), en 54; le livre VI la pacification du Nord, le deuxième passage du Rhin et le massacre des Eburons (53) ; enfin la grande lutte entre Vercingétorix et la soumission de la Gaule, en 52, font l'objet du VIP livre. Le récit est interrompu trois fois par des digressions géographiques sur les Suèves (livre IV, i-3), sur la Grande-Bretagne (V, 12-14), sur la Gaule (VI, 9-29) : l'auteur d'une Histoire proprement dite leur aurait donné une place plus méthodique.

Après la conquête, César dut consacrer encore une année à parcourir le pays, pour achever la pacification. Ces derniers travaux ont été exposés dans un huitième livre, qui est probablement l'œuvre d'Hirtius, lieutenant de César; c'est celui qui mourut consul avec son collègue Vibius Pansa, en combattant Antoine à Modène.

Commentaires sur la guerre civile. — Les Commentaires ou Mémoires sur la guerre civile se divisent en trois livres : le premier raconte le début de la guerre civile, la fuite de Pompée, chassé d'Italie, et la guerre d'Espagne; le second comprend le siège de illarseille, et la guerre d'Afrique jusqu'à la défaite de Curion ; le troisième continue le récit de la guerre

jusqu'à la révolte d'Alexandrie. Trois livres détaches, la Guerre d'Alexandrie, la Guerre d'Afrique, et la Guerre d'Espagne, complètent le tableau de cette période si courte et si remplie de faits. Le premier est sans doute encore l'œuvre d'Hirtius ; les deux autres, plus complets et plus détaillés, mais très inférieurs sous le rapport du style, ont peut-être été rédigés par des officiers subalternes.

Caractère de ses ouvrages. — Gicéron, le premier, a compris et fait ressortir avec sa délicatesse habituelle le mérite supérieur des Commentaires,

Ces Mémoiresy dit-il, après Téloge de réloquence de César, sont un ouvrage excellent. Le style en est simple, pur, gracieux, dépouillé de toute pompe de langage; c'est une beauté sans parure. Mais, en voulant préparer des matériaux où puiseraient les historiens futurs, il a peut-être fait plaisir à de petits esprits, qui seront tentés de charger ces récits d'ornements frivoles ; quant aux hommes sensés, il leur a ôté Tenvie d'écrire ! Car rien n*est plus agréable dans l'histoire qu'une brièveté correcte et lumineuse.

Hirtius, dans la préface du livre VIII des Mémoires sur la guerre des Gaules, a reproduit ce jugement, et il y ajoute, comme témoin oculaire et comme confident * de la rédaction, l'expression de son admiration personnelle :

Les autres, en effet, dit-il, connaissent la perfection et la pureté de l'ouvrage ; nous savons, de plus, avec quelle facilité et quelle promptitude il l'a écrit.

D'après cette double appréciation, les Commentaires ne seraient qu'un simple journal, où le général aurait consigné, pour ainsi dire, jour pour jour, ses marches et ses combats. La physionomie du récit se rapporte d'abord assez bien à cette idée. César, en effet, a évité

avec soin tout ce qui eût pu donner à son livre Tapparence d'une composition calculée et systématique ; il n'a pas voulu être historien à la façon de son contemporain Salluste, avec des portraits nombreux et fortement marqués, avec des tableaux animés et pittoresques, de longs et brillants discours, des réflexions sentencieuses. Partout Salluste a étalé Fauteur, il semble, au contraire, que Thomme seul paraisse dans César; encore Thomme môme a-t-il affecté de se dissimuler, en ne parlant de lui qu'à la troisième personne, en confiant à la simple exposition des faits le soin de le faire connaître et admirer.

Mais la forme adoptée par César ne doit pa^ nous tromper sur le caractère véritable et sur le but de ses mémoires. Il y a beaucoup d'habileté et de calcul dans cette modestie. Le narrateur n'est pas désintéressé ; il n'oublie pas Rome en racontant ses campagnes ; il ne veut pas qu'elle ignore ses titres ; il ne veut pas qu'elle se méprenne sur l'importance des services qu'il lui a rendus, sur la difficulté et la valeur de la conquête, sur l'activité, l'énergie, les talents supérieurs du conquérant. Partout, dans son récit d'historien, il suit les règles de la narration oratoire : il raconte les faits comme un homme qui ne veut que mettre le lecteur au courant, mais il les raconte de manière à les expliquer, à les faire valoir. Partout de cet exposé sort une conclusion que l'auteur n'exprime jamais, mais que le lecteur doit nécessairement tirer, celle de la supériorité du général romain. C'est ainsi qu'avant la campagne d'Helvétie, il a dépeint les mœurs belliqueuses de cette population, il a donné une idée de sa ténacité sauvage, en la montrant qui brûle tout dans son pays pour s'interdire le retour ; il nous a instruits des alliances des Helvètes avec les peuples voisins, du peu de fond que les Romains devaient faire sur la fidélité des Allobroges et du chef des Eduens,

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Dumnorix. Cependant le temps presse : pour s'opposer au passage des Helvètes, César n'a qu'une légion. Pendant qu'il fait des levées dans la Province, il coupe le pont de Genève ; il se prête aux négociations des barbares ; quoique décidé à les repousser, il gagne du temps en ajournant sa réponse. Enfin il est prêt : les barbares sont vaincus, refoulés dans leur pays après des pertes énormes. La victoire est complète. Le narrateur n'a pas Fair de s'en prévaloir ; mais, chacun le voit, ce succès si tranquillement raconté est dû à ses mesures habiles et à sa rapidité.

César pensé aussi à Rome lorsqu'il insiste, dans son récit, *sur les raisons de sa conduite, quand il justifie, tantôt par des considérations de justice et de nécessité, tantôt par des instructions du sénat, ses expéditions plus d'une fois accusées, quand il explique et légitime les rigueurs dont seâ ennemis ont fait grand bruit. Enfin la pensée politique se devine encore à l'éloge complaisant des soldats, aux traits lancés çà et là contre les jeunes tribuns qui appartiennent en général à l'aristocratie. César aime ses légionnaires : il saisit toutes les occasions de signaler leurs services, leur intrépidité, leur intelligence, toutes leurs vertus militaires ; il se plaît à citer leurs traits de bravoure et leurs bons mots, à désigner par leurs noms les officiers subalternes sortis des rangs des soldats. 11 n'épargne pas, au contraire, ces jeunes nobles qui ne l'ont suivi qu'à cause de son amitié d'un jour avec Pompée et qu'il retrouvera plus tard à Pharsale dans les rangs de ses adversaires. C'est ainsi qu'il s'est plu à tracer un tableau piquant de leurs terreurs en présence des hordes du farouche Arioviste *.

Il est naturel que dans les Commentaires sur la guerre civile la pensée politique soit plus manifeste en-

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