‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 132 sur 433 · Ch, Liv · texte numérisé non relu

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des conjectures. Peut-être Salluste a-t-il jugé impossible de faire comprendre sans cartes des détails géographiques, et, de son temps, il n'existait pas encore ^ de carte de l'Afrique. D'ailleurs, la géographie n'avait pas alors Timportance qu'elle a de nos jours. L'art militaire ne consistait pas en grandes opérations stratégiques exigeant une connaissance générale des pays où se faisait la guerre; quelques hommes de génie, comme César, étaient les seuls qui la comprissent ainsi. Pour Salluste et pour la plupart de ses contemporains, l'étude du terrain d'opérations ne dépassait pas les limites du champ de bataille. ^

Dans cette stratégie, en quelque sorte locale, l'historien de la Guerre de Jugurtha n'a pas de supérieur : accidents de terrain, direction des fleuves, position des collines, évolutions des armées, il décrit tout avec une netteté frappante et dramatique. La tactique des généraux, les péripéties des batailles sont exposées de main de maître ; on voit que l'auteur connaît la guerre et qu'il a été à l'école d'un grand capitaine. C'est au milieu de ces tableaux que paraissent ses brillantes qualités.

Il s'entend aussi à faire ressortir, soit par ses réflexions, soit par la manière dont il présente les faits, les mœurs africaines, le caractère astucieux et violent des Numides, leur perfidie, leurs passions ardentes. U ne néglige pas non plus l'amour de ces tribus pour leur indépendance, leur attachement à Jugurtha, leur haine de la domination romaine. Le caractère du roi numide est fortement tracé * ; mais le récit de Salluste laisse sans explication toute une partie du rôle de cet étrange personnage. Après avoir montré d'abord tant d'habileté et de perfidie, après avoir poussé l'audace jusqu'à la témérité, il se laisse bien vite décourager par les

1. Voir nos Morceaux traduits des auteurs latins j p. 147 et suiv.

premiers succès de Métellus ; il accepte bien facilement les conditions les plus dures. Le consul exige de lui une grosse indemnité de guerre, tous ses éléphants, ^ une grande partie de ses chevaux et de ses armes : il ^ livre tout. Puis on lui demande les transfuges, il les .* livre encore. Enfin Métellus veut qu'il se livre lui^ même ; alors seulement il reprend la guerre, mais i après de longues hésitations *. Bientôt, battu par Marins, il se mettra à la merci d'un allié infidèle. Il faut croire que Tastuce des généraux romains a surpassé celle du Numide : Métellus et Marins ont agi avec Jugurtha comme Scipion avec Annibal.Ou bien Salluste, par amour-propre national, a dissimulé quelques-unes de ces perfidies assez familières aux Romains, ou bien il n*a pas senti assez fortement la nécessité de lier et de motiver les faits.

Lorsque Salluste nous transporte à Rome, les tableaux qu'il trace des intrigues du forum ne sont ni moins vifs ni moins achevés que ceux des combats entre les généraux romains et Jugurtha. C'est là, pour les Romains, un autre champ de bataille, dont Salluste est le peintre énergique et fidèle : discours, discussions de lois, luttes orageuses des élections, il n'a rien négligé. Comme l'avait fait Thucydide, comme le feront plus tard Tite-Live et Tacite, il aime à mêler ■ à son récit les harangues des personnages importants. Il semble avoir reproduit assez exactement les idées et le caractère des orateurs qu'il met en scène, des Catilina, des César, des Caton, des Memmius, des [ Marins ^ ; mais, pas plus que l'historien grec, il n'a 1 conservé la physionomie originale de leur éloquence ; à tous uniformément il a donné cette concision éner-

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