‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 133 sur 433 · Ch. LXii · texte numérisé non relu

Ch. LXii

2. Voir dans nos Morceaux traduits des auteurs latins le discours de Catilina & ses complices, p. 142 et suiv., et celui de Marias au peuple, p. 152 et suiv.

gique, cette allure saccadée de phrase, cette couleur pittoresque, ce goût des sentences, cette affectation d'archaïsmes, qui sont les caractères particuliers de son style. Ces harangues se distinguent par des traits saillants de celles de Tite-Live et de Tacite. Si Sal- ; luste a moins de mouvements pathétiques, moins d'enthousiasme et d'élan que le premier, sa marche est 'plus rapide, sa logique plus forte et plus pressante. iSomparé à Tacite, il est plus orateur. Ils ne font l'un et l'autre que des résumés de discours; mais Tacite, n dans ses rapides et brillantes analyses, se borne à re- / produire les pensées saillantes, Salluste conserve -' toute la suite du raisonnement.

J Le récit de la Guerre de Jugurtha finit, aussi brus-

\ quement que c^lni da la Conjuration de Catilina, Jui gurtha est lm| imr^occhus à Sylla, lieutenant de Marfus. ^^mornent où cette nouvelle arrive à .^ ^^^^^iifê'^S^I'^ ^^ les Teutons venaient de détruire ;1 ^\nfiS^^fS'^^vomdXïïe% ; l'Italie était menacée. On ^^mx^ii^êràQ nommer consul le vainqueur de Ju- ^irtha'etde lui assigner la Gaule pour province. Il triomphe ayx calendes de janvier, le jour même où il J| ' prenait possession de son nouveau consulat. « A cette T \ époque, dit Salluste, tout l'espoir, toute la fortune de \. Rome, reposaient sur lui. » C'est par cette phrase qu'il '\ termine son récit. Mais que devient le roi vaincu? que 1 fait-on de la conquête ? Sans doute, les Contemporains 1 , suppléaient facilement au silence de l'auteur, et Sal- I ■ luste ne se souciait pas peut-être de peindre les der- ■; niers moments de Jugurtha, qui, après avoir orné le V triomphe du vainqueur, mourait de froid et de faim dans le cachot souterrain du Tullianum^ victime de la lâche cruauté des Romains. Mais, comme œuvre d'art, le récit de la Guerre de Jugurtha perd beaucoup à celte chute si brusque ; notre goût moderne en est vivement choqué. C'est un édifice qui n'a pas son couron-

nement; c'est un drame dont le dénouen^ent reste incomplet et suspendu.

Histoire romaine. — Le principal ouvrage de Salluste, son meilleur titre aux yeux des anciens, était sa grande Histoire romaine {Historia rerum in republica romana gestarum). Dédiée à Lucullus, fils du vainqueur de Mithridate et de' Tigrane, elle s'étendait ' depuis l'abdication de Sylla (79) jusqu'au moment où la loi Manilia chargea Pompée de la direction de la guerre contre Mithridate (67). Ce tableau d'une période de douze années aujourd'hui imparfaitement connues, s'arrêtait à peu près à l'époque où commence Y Histoire de la conjuration de Catilina, Il comprenait la guerre de Sertorius, la guerre de Spartacus; la guerre contre les pirates, les victoi«es de Lucullus sur Mithridate, et, à l'intérieur, le^ troubles civils excités par Lépidus après la mort de sSîllk^^squ'au rétablissement du pouvoir tribunitien'^par F3il||p«it£^ à l'apogée de la puissance et de la popularité de Sl^ général. L'auteur avait rattaché son récit à VHisloire.âk la "guerre de Jugurtha par un résumé des événements intermédiaires : ainsi ses travaux formaient un ensemble presque complet, embrassant un espace de cinquante-cinq ans.

L'Histoire romaine était probablement divisée en cinq livres ; elle commençait, comme les deux autres ouvrages de Salluste, par un discours préliminaire sur le gouvernement et sur les mœurs, sur les causes de l'accroissement extérieur de la puissance de Roine et de sa décadence intérieure. Nous en avons des fragments très morcelés et très courts. Un savant du xviii® siècle, le président De Brosses, a essayé, avec beaucoup de pénétration et un labeur infini, de recoudre ces lambeaux et de reconstituer l'ensemble. Ce travail a été complété et amélioré par un profes-

seur d'Erfurt, Fréd. Kritz (1828-1834), qui a eu le tort d*étre trop dédaigneux, injurieux même pour ses prédécesseurs. Mais il nous reste encore de l'œuvre de Salluste six morceaux remarquables : quatre discours, ceux du consul Lépidus contre Sylla, de Philippe contre Lépidus, du tribun Licinius et du consul Gotta * devant le peuple ; puis, deux lettres étendues et importantes : l'une de Pompée au sénat, l'autre de Mithridate au roi Arsace. Racine avait médité cette dernière quand il traçait son énergique portrait du roi de Pont.

On a donné longtemps, sous le nom de Salluste, deux Lettres à César sur la république {Ad Capsarem senem de republicaj. On s'accorde aujourd'hui à reconnaître qu'elles sont des exercices d'école et qu'elles ont été écrites au second siècle de l'empire.

Jugements sur Salluste. — Les anciens ont traité avec une juste sévérité le caractère de Salluste ; mais, à q«elques exceptions près, ils ont reconnu le grand mérite de ses écrits. Le poète Martial lui donnait le premier rang parmi les historiens romains ^. L'historien Velléius Paterculus l'appelle émule de Thucydide^. Sénèque le Rhéteur a fait aussi ce rapprochement : il loue Salluste d'avoir lutté de concision avec l'historien grec et de « l'avoir battu dans son propre camp* ». Tite-Live n'admettait pas ce rapprochement et goûtait peu le talent de Salluste, si différent du sieft. Tacite, au contraire, le cite avec grand éloge. Quintilien compare également Salluste à Thucydide ; il vante « son immortelle rapidité S), et il ex-

i. On a trouYé, cette année même, dans un palimpseste, un passage înconna de ce discours.

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