‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 140 sur 433 · Pièce · texte numérisé non relu

Pièce

4. Pièce 4: Phaseli laus et dedicatio. Voir Morceaux choisis des auteurs latins, p. 173.

un simple badinage le billet où il avoue sa détresse à

son amiFabullus*.

Nous ne savons rien de l'éducation de Catulle ; mais

ivres prouvent assez l'étude profonde qu'il avait

e la littérature grecque, et particulièrement des

d'Alexandrie.

t probable qu'il vint à Rome vers l'âge de vingt se lia aussitôt avec cette jeunesse frivole, prodissolue, mêlant à l'esprit le cynisme dû lant des moeurs^ dont Salluste a tracé le portrait nous connaissons aussi par Gicéron. Catulle se ;ua bientôt parmi les plus ardents de ces jeunes ±és; il fut Fami de Cœlius et de plus d'un dont ses vers nous ontconservé les noms. Il eut les relations plus graves : l'historien Cornélius , auquel il a dédié son livre ; Hortalus, fils ensius, ou peut-être Hortensius lui-même, car tait ces deux noms. C'est à lui que Catulle e sa célèbre élégie traduite de Callimaque, la ure de Bérénice, Cicéron peut compter aussi les amis du poète ; il avait plaidé pour lui, et î l'en remercie par un billet aimable et spiri-

plus éloquent des descendants de Romulus, et de li vivent, et de ceux qui ont vécu, et de ceux qui

un jour, reçois les vifs remerciements de Catulle, lier des poètes, aussi sûrement le dernier des poètes es le premier des défenseurs.

3nt dans ses haines comme dans ses amitiés, 3 poursuivit de ses épigrammes plus d'un perje considérable de Rome ; il ne craignit pas de [uer même à César et à Pompée, au temps de leur ârat. On est surpris du cynisme audacieux des s qu'il adresse à César et à son familier Ma-

!ce 13.

murra. Il est vrai que le poète n'avait rien à craindre. Par politique, César était forcé de faire bonne contenance et d'inviter à dîner celui qui Tavait si gravement outragé. D'ailleurs, un homme de plaisir comme Catulle, étourdi et mobile, n'était pas un ennemi dangereux. Nous savons qu'il ne résista pas à la grâce séduisante du futur dictateur, et que cette guerre d'épigrammes finit par une réconciliation.

Les poésies de Catulle ont rendu célèbre une femme qu'il nomme Lesbie. C'était^ au rapport d'un ancien, la sœur du fameux Glodius, Clodia, dont Cicéron parle peu avantageusement dans son plaidoyer pour Cœlius et qui paraît n'avoir pas été indigne de son frère. Catulle la chanta souvent ; mais, trahi par elle, il passa de Texpression des sentiments les plus tendres aux injures les plus outrageantes.

Catulle avait un frère qui moiÉ'ut en Troade. Le poète l'aimait vivement et l'a pleuré dans une de ses plus touchantes élégies. Ce malheur et l'abandon de Lesbie le décidèrent au grand voyage dont nous avons parlé. Accompagné de son ami Kelvins Cinna, il suivit en Bithynie le propréteur Memmiiis Gémellus, qui partait pour son gouvernement (37 ^^v. J.-C). C'est à ce Memmius que le poète Lucrèce i dédié son poème. Peu satisfait, comme nous l'apprennent plusieurs de ses pièces, et de son protecteur et du pays, Catulle, au bout d'un an, quitta la Bithynie, alla visiter le tombeau de son frère, parcourut lés villes les plus célèbres de l'Asie Mineure et revint à Rome vers la fin de Tannée 56.

Il ne survécut pas longtemps à ce voyage. Attelait de la poitrine, il mourut, selon les uns en 54, selpn d'autres en 52 ou en 51, c'est-à-dire à la veille de la rupture entre César et Pompée. Sa réconciliation avec le futur dictateur est de 54. Malgré la courte durée ei la dissipation de sa vie, il avait composéi sijrto»i4a»s

ses dernières années, des œuvres qui lui avaient acquis une grande célébrité, et qui lui assurent un des premiers rangs parmi les poètes de Rome.

Ses œuvres. — Nous n'avons pas cependant tout ce qu'il avait écrit. Pline le Jeune cite de lui un poème sur les enchantements (De incantamentis), qui ne nous est point parvenu. Plusieurs grammairiens font allusion à des ouvrages que nous ne connaissons pas. On Ta regardé à tort comme Fauteur de petits poèmes, le Ciris et le Pervigiiium Veneris, qui ont été attribués aussi à Virgile. Ses poésies parurent d'abord isolément. Peu de temps avant sa mort, probablement en 54, il prépara le recueil qu'il a dédié à Cornélius Népos. Ce recueil, qui ne comprenait pas toutes ses œuvres, se compose de cent seize pièces, très diverses de sujet, de mètre, de ton et d'étendue. Les plus courtes forment le premier tiers du recueil; elles sont écrites en vers appelés hendécasyllabiques (de onze syllabes), en vers iambiques et choliambiques, quelques-unes en strophes saphiques. Les pièces les plus longues (de 61 à 68) occupent le milieu du recueil ; là surtout se rencontrent les poèmes traduits ou imités de la Grèce ; le poète y emploie le vers hexamètre héroïque, ou le distique élégiaque. Dans une pièce étrange, Cyhèle et Atys, sans doute imitée d'un poète d'Alexandrie, il se sert d'une forme poétique sautillante et bizarre comme le sujet, le vers galliambique. La troisième partie du livre se compose d'épigrammes en distiques.

Pièces lyriques. — • Il est difficile de classer rigoureusement, sous le rapport de l'inspiration, les œuvres de Catulle. Au genre lyrique appartiennent une Ode à Lesbie (pièce 51), traduite en partie d'une des plus belles odes de Sapho; un Hymne à Diane [pièceSi),

composée sans doute d'après un programme, pour une fête religieuse ; elle est assez insignifiante. Une autre ode, adressée à Furius et Aurélius (pièce 11), commence par un élan lyrique, et se termine étrangement par une invective. On peut placer aussi parmi les chants lyriques un long épithalame en hexamètres héroïques, souvent très harmonieux; il est composé de deux chœurs, Tun de jeunes gens, l'autre de jeunes filles, qui chantent alternativement; ce chant, qui a beaucoup de grâce, est encore une imitation de la Grèce (pièce 62). Un autre épithalame, celui de Julie et de Manlius (pièce 61), en strophes lyriques, semble plus personnel à Catulle ; on y trouve, au milieu de tableaux gracieux, plus d'un trait qui rappelle l'auteur des Epigrammes,

Elégies. — La traduction d'une élégie célèbre du poète alexandrin Gallimaque, la Chevelure de Bérénice (pièce 66), est peut-être le premier essai de Catulle dans le genre élégiaque. L'original, qui est perdu, était fort admiré dans l'antiquité, et nous avons peine à nous rendre compte de cet enthousiasmé pour une fiction ingénieuse, où la grâce et l'esprit sont gâtés par l'exagération de \^ flatterie et par l'abus de l'érudition. Le roi d'Egypte, Ptolémée Evergète, a quitté pour une guerre sa nouvelle épouse Bérénice. Celleci, pour obtenir la victoire et le retour du roi, consacre sa chevelure à Vénus Zéphyritis. Mais la chevelure disparait du temple où elle a été suspendue ; un astronome de la cour en donne le nom à une constellation qu'il vient de découvrir, et le poète de cour Callimaque chante l'apothéose de ces beaux cheveux, devenus un astre. C'est la constellation nouvelle qui raconte elle-même sa métamorphose. Transportée dans les cieux, elle regrette cette tête charmante, sur laquelle les secours de l'art ne lui étaient pas néces-

saires. Elle maudit le fer qui Ten a détachée. En attendant que les dieux exaucent ses vœux et la rendent à Bérénice, elle sera la protectrice des nouvelles mariées; elle recevra les prières de celles dont l'amour est pur et fidèle, comme celui de la reine. Catulle a sans doute traduit textuellement cet élégant mais trop long badinage. Nous lui préférons la pièce d'envoi à son ami Hortalus, qui est ou Torateur Hortensius, ou son fils (pièce 65). C'est une élégie toute personnelle, bien plus intéressante que la première. Catulle s'excuse sur la perte récente de son frère d'envoyer tardivement à son ami la traduction qu'Hortalus lui a demandée. Il débute par l'expression touchante de sa douleur : il fuit, dit-il, le commerce des Muses; son âme abattue ne peut plus se prêter à leurs inspirations.

Je ne te verrai plus, frère que j'aimais plus que la vie ! Du moins je t'aimerai toujours ; toujours j'exhalerai sur ta tombe mes chants plaintifs ; telle, sous l'ombre des rameaux touffus, Procné chante et gémit sur le sort d'Itylle.

Mais l'imagination mobile du poète l'emporte bientôt loin de ces pensées, et la pièce finit par le tableau piquant d'une jeune fille qui rougit à Tarrivée imprévue de sa mère, et laisse échapper le don furtif d'un fiancé, la pomme qu'elle a cachée dans son sein. Nous retrouverons encore chez Catulle le défaut d'unité qui gâte cette pièce gracieuse. Le lecteur est aussi un peu arrêté par la longueur de la période, qui, à elle seule, forme l'élégie tout entière, c'est-à-dire vingtquatre vers.

Une autre épître élégiaque (pièce 68), adressée à ce Manlius dont Catulle avait fait l'épithalame, a bien le caractère de l'élégie. L'auteur console son ami qui vient de perdre sa jeune femme ; il rappelle avec effusion sa propre douleur. Malgré quelques longueurs

et un certain défaut de liaison, cette pièce charme par une douce mélancolie et par l'expression simple et vraie des sentiments les plus affectueux.

Tel est aussi le mérite d'une courte pièce, sorte de chant funèbre dont le poète accompagnait les dons déposés sur le tombeau de son frère, et d'une élégie adressée A lui-même^ où il pleure l'infidélité de Lesbie (pièce 69).

Pièces héroïques. — Dans l'ode, Catulle est le prédécesseur d'Horace, qui a eu le tort de l'oublier * ; dans l'élégie, il a ouvert la route à Properce et à TibuUe. Dans le poème héroïque, on peut dire que son fragment épique, les Noces de Thétis et de Pelée, n'a pas été sans influence sur le talent de Virgile. Ce long morceau de 409 vers nous surprend par le manque absolu de proportion, par l'absence d'un plan véritable. Le poète commence par le récit de l'expédition des Argonautes. La nouveauté du spectacle attire les Néréides qui sortent des flots, et Thétis se prend d'amour pour Pelée. Bientôt on prépare les noces; toute la contrée se rassemble pour assister à la fête. Parmi les objets précieux qu'on admire, se trouve surtout une tapisserie où est retracée l'histoire d'Ariane. Ici le poète semble oublier son sujet : il s'arrête à nous décrire dans tous ses détails le désespoir de la jeune fille abandonnée par Thésée ; il la met en scène ; il nous fait entendre ses plaintes et ses imprécations. C'est un poème nouveau au milieu du premier, et ce tableau est suivi de la peinture d'Ariane consolée par Bacchus. Après cette longue digression, qui forme la moitié du poème, Catulle revient enfin aux noces de Thétis et de Pelée ; il nous montre les dieux et les

I. Odes, ni, XXX, V. 10 et suiv. a On dira que. .. le premier je fis passer les chants de la muse d'ËoUe dans la poésie latine. »

héros qui viennent, chargés de présents, s'asseoir à la table du festin. Les Parques chantent alors le héros qui doit naître de cet hymen. Notre Recueil de morceaux traduits * reproduit ce beau morceau, que Virgile a imité dans sa quatrième églogue. Le poème se termine par des réflexions sur ces temps heureux où les dieux daignaient paraître au milieu des mortels, dignes encore de les posséder.

Faut-il accuser le poète de la construction étrange de cette œuvre où abondent les jolis tableaux? Les critiques s'accordent à croire qu'il a suivi de près, sinon traduit, un original grec aujourd'hui perdu. Alors il ne faudrait pas non plus lui faire honneur du charme de son Ariane, ni critiquer le désespoir trop gracieux de la jeune fille ; Ariane, en effet, ne ressemble pas à la Didon de Virgile, quoique celui-ci ait pris plus d'un trait, plus d'un sentiment chez Catulle. Mais quelle différence de ton et de mouvement ! Quelle énergie, quelle impétuosité, quel délire chez Didon I C'est une lionne à qui on a enlevé ses petits ; chacune de ses paroles exprime les emportements et la fureur de la passion. Ariane est douce envers le malheur : ses douleurs sont des douleurs de jeune fille ; on aime ses larmes plutôt qu'on n'en est ému; elle nous charme. Didon, comme Médée ou Hermione, nous fait frissonner. Quelle que soit la part de Catulle dans la peinture de ce caractère, il est certain qu'elle est d'accord avec la nature de son talent, plus délicat que fort, plus amoureux du joli que du grand, et avec les qualités des petites pièces qui sont ses œuvres les plus personnelles.

Pièces diverses. — Epigrammes. — En effet, c'est surtout dans ces pièces de circonstance, nées au jour

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