‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 147 sur 433 · De natnra rerum, I, v · texte numérisé non relu

De natnra rerum, I, v

rorigine et des principes constitutifs de Tunivers. C'est peut-être en lisant ces philosophes que Lucrèce a conçu ridée d'exposer en vers et de populariser par la poésie le système auquel il s*est attaché. Mais, s'il les nomme avec respect, s'il admire en particulier Empédocle, il combat énergiquement leurs doctrines et il appartient à une tout autre école. Le maître qu'il célèbre sans cesse comme le bienfaiteur de l'humanité, dont il fait un dieu *, dont il suit pas à pas les traces *, c'est Epicure. Or, les deux dogmes fondamentaux d'Epicure, c'est la négation de la divinité, au moins considérée comme providence, et la négation de l'immortalité de l'âme, dont le principe est matériel comme celui du corps. Il les déduit rigoureusement de la théorie atomistique, qui explique la formation des êtres par la rencontre fortuite d'un nombre infini de particules élémentaires, ou atomes, répandus dans le vide. La morale, conséquence d'un tel système, c'est le plaisir, c'est-à-dire le renoncement à tout ce qui trouble la vie d'ici-bas, la seule qui nous soit accordée ; le détachement de tous les faux biens, les honneurs, la gloire, la richesse ; l'affranchissement de tous les préjugés, tels que la crainte des dieux et de la mort ; l'amour de lav^e cachée^, seul garant de la tranquillité et du bonheur.

L'état de la Grèce, lorsque vécut Epicure, l'anéantissement de toute idée de liberté, de toute espérance patriotique, expliquent suffisamment la grande fortune de cette doctrine qui faisait de l'abstention politique la première vertu du sage. Or Rome, au temps de Lucrèce, n'est pas moins malade que la Grèce à la fin du IV* siècle. La vieille constitution romaine

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