‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 153 sur 433 · V. 778 etsuiv · texte numérisé non relu

V. 778 etsuiv

UISTOinE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE 321

athée, la forte intelligence, le cœur aimant, Timagination émue du poète * ? »

Lucrèce, si pathétique dans sa peinture des misères de l'homme et dans ses efforts même malheureux pour les guérir, n'est pas un interprète moins sensible de beautés de la nature. Que de scènes gracieuses, que de frais paysages il mêle aux spéculations les moins poétiques ! De quelles vives couleurs se revêt souvent son style jusque dans l'expression des idées abstraites ! La poésie est partout chez lui, et, comme Ta dit un critique délicat de son génie, « même lorsqu'il ne se soucie que de rendre sa démonstration lucide, il trouve naturellement un langage plein de passion et d'images ^ ». Sa sensibilité s'étend aux animaux comme aux hommes. Virgile et La Fontaine n'ont pas surpassé le pathétique du petit tableau que nous allons reproduire :

Souvent au pied des images fleuries des dieux, près des autels où brûle l'encens, un veau est tombé en sacrifice ; des tlots de sang s'échappent en fumant de sa poitrine. Mais la mère, qui n*est plus mère, parcourt les vertes campagnes, cherche sur la terre la profonde empreinte de ses pieds fourchus . Elle porte de tous côtés ses regards; elle cherche à découvrir le nourrisson qu'elle a perdu ; elle remplit de ses mugissements plaintifs les ombrages de la forêt ; à chaque instant elle retourne à Té table, dévorée d'un maternel regret. Ni les tendres saules, ni les herbes ranimées par la rosée, ni les fleuves coulant à pleins bords ne peuvent charmer son cœur ni en chasser ce subit souci. La vue des autres veaux qui paissent dans les gras pâturages ne saurait distraire sa pensée ni calmer son tournient. Tant lui est propre, tant lui est connu l'objet de sa pénible recherche 3 !

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