Liv. n. v. 352 et suiv
Lucrèce, fier avant tout d*avoir triomphé des difficultés de son sujet et de la résistance de la langue latine \ pauvre et sans souplesse, aux idées philosophiques, fier aussi de cette clarté ' si chère aux Epicuriens et de Fabondance de ses arguments, ne plaçait qu'en seconde ligne les qualités littéraires. Il n'avait cherché dans la poésie qu'un moyen d'attirer à son œuvre la foule légère et ignorante. Il comparait son artifice innocent à celui des médecins ' :
Veulent-ils donner aux enfants la répugnante absinthe? Ils commencent par enduire les bords du vase d'un miel doux et doré, afin de tromper la candeur de leur âge en séduisant leurs lèvres, et de leur faire boire jusqu'au bout l'amer breuvage. Ce piège n'est point un piège , il leur rend la santé et la vie. Ainsi, puisque ma philosophie paraît sévère à ceux qui ne l'ont pas étudiée et que le vulgaire s'en éloigne avec effroi, j'ai voulu, Memmius, t'exposer ma doctrine dans le langage harmonieux des Piérides, et Fenduire, en quelque sorte, du doux miel des Muses.
Cependant il n'ignorait pas son génie poétique. Il parle avec enthousiasme • des sources vierges où il a plongé ses lèvres, des fleurs nouvelles qu'il a tressées pour sa tète, et dont jamais avant lui les Muses n'avaient couronné le front d'un poète ». Il fait entendre au début de son œuvre * ce chant de triomphe, et il l'entonne une seconde fois lorsqu'il approche du terme de la carrière ^,
Aujourd'hui les théories métaphysiques de Lucrèce ne nous touchent guère, sa morale et son matérialisme ne risquent pas de nous séduire. Ce qui fait le charme puissant, l'immortel attrait de son poème, ce