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CHAPITRE PREMIER

CARACTÈRES DE CETTE PÉRIODE Asinlas PoUion. — Hessala Corvinus.

S'il est vrai que la littérature d'un peuple est l'expression la plus exacte et la plus complète de son état politique et social, la révolution commencée par César et achevée par Auguste a dû nécessairement réagir sur les lettres, et modifier profondément les conditions et les caractères des principaux genres.

Déclin de l'éloquence. — La déclamation. — Les

convulsions de Tâge précédent favorisaient l'essor de l'éloquence et lui permettaient d'atteindre cet éclat, cette puissance de passion dont Cicéron n'a pas eu le privilège, quoiqu'il ait surpassé tous les autres. On devine que l'éloquence ne survivra pas au changement des institutions : Auguste l'a pacifiée, comme les Romains pacifiaient le monde : « Là où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont fait la paix » *. Les

1. Tacite, Agricola, 30. Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant.

assemblées du peuple sont de plus en plus rares, et ont perdu toute importance ; les attributions des tribunaux soiit étroitement circonscrites, et l'autorité du prince pèse sans cesse sur leurs décisions. Le Sénat ne conserve aussi qu'une ombre d'influence ; la servilité du plus grand nombre de ses membres, la présence ou les messages de l'empereur ôtent à ses délibérations tout caractère sérieux. Les orateurs qui ont survécu à la république, sans cesse contraints dans leur pensée, forcés de renoncer aux grands mouvements, aux grands développements oratoires, doivent chercher le succès dans une énergie concise ou dans une vivacité piquante. Ils secondent par là l'invasion d'un genre nouveau et pernicieux, la déclamation. En effet à cette époque naît dans les écoles une éloquence factice qui s'exerce sur des sujets supposés et qui, n'ayant à soutenir aucun intérêt sérieux, donne tout à l'effet et à l'imagination. L'influence des déclamations a été accusée de la ruine de l'éloquence; mais, à dire vrai, l'éloquence avait été frappée à mort avec la liberté. On est fondé cependant à rapporter aux déclamations l'origine de ce ton emphatique et faux que nous verrons dans l'âge suivant infester la poésie comme la prose.

L'histoire. — L'histoire hérite de la tribune. De nombreux écrivains y déposent, comme d'autres l'ont fait dans l'épopée, les souvenirs pleins d'émotion de la guerre civile. Un de ces ouvrages, d'une violence emportée contre tous ceux qui appartenaient au parti vainqueur, l'histoire de Labiénus, fut brûlé sur la demande du Sénat *. Cependant des preuves nombreuses semblent attester que l'histoire jouit sous Auguste d'une assez grande liberté. Au rapport

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