Sat,y I, V
des vers que Lycoris devra lire. » Là encore les imitations de Théocrite sont fréquentes.
Nous apprécierons plus tard, cqmme œuvres littéraires, ces pastorales que le poète réunit sans doute à cette époque et publia dans Tordre où elles nous sont arrivées.
C'est alors que, parvenu à l'âge de trente-trois ans, Virgile entreprit le grand travail des Géorgiques. Cette œuvre importante fut composée dans cette retraite de Noie, près de Naples, que le poète quittait rarement et avec peine pour passer quelques jours à Rome. Les Géorgiques sont dédiées à Mécène, qui, suivant une tradition très accréditée *, avait demandé à Virgile un poème sur l'agriculture. Remettre en honneur les travaux de la campagne qui avaient formé les énergiques conquérants de l'Italie et du monde, les ranimer autant que possible, inspirer la haine des agitations sanglantes qui avaient épuisé Rome et l'amour de l'ordre et de la paix, seuls remèdes à tant de blessures, faire passer dans l'âme de ses lecteurs cet amour communicatif dont la sienne était remplie, voilà, on n'en peut douter, ce que s'est proposé le poète.
A-t-on le droit de rejeter comme chimérique l'opinion d'après laquelle Mécène aurait, sinon suggéré, du moins encouragé une œuvre si conforme aux vues du gouvernement nouveau? Octave, devenu Auguste, chercha, pour s'affermir, à faire revivre les croyances du passé, à rétablir les anciennes mœurs; il donna l'essor à tous les travaux de la paix, au cominerce, à la navigation, à l'architecture aussi bien qu'à la poésie; pouvait-il oublier l'agriculture? S'il a transformé en marbre Rome qu'il avait trouvé bâtie de
1. M. Boissier Taccepte (Religion romaine), M. Benoisl la combat (Notice sur Virgile, déjà citée, p^ge c).
briques, si, au rapport d'Horace, il a creusé de nouveaux ports, n'a-t-il pas aussi, d'après le témoignage du même auteur, changé des marais en guérets fertiles*? Son ministre et lui devaient comprendre, diton, l'inutilité de ces efforts pour arrêter la dépopulation des campagnes. S'il avait fallu désespérer de cette cause, Golumelle l' aurait-il reprise encore, après Caton, après Yarron, après les Géorgiques de Virgile? Qui oserait dire que tous ces ouvrages, et surtout le beau poème de Virgile, n'ont pas excité de grands propriétaires, qui ne pouvaient plus jouer de rôle politique, à tourner leur activité sur les travaux de la campagne, et à y chercher à la fois une occupation et l'accroissement de leur fortune? Comme Virgile, les autres poètes, Horace, Properce, Tibulle, Ovide, célèbrent la campagne et la rattachent aux vieux souvenirs et à la grandeur de la patrie. N'y sont-ils pas poussés par le sentiment des besoins de leur temps, et veut-on que les habiles chefs du nouvel empire, si désireux de légitimer leur pouvoir par des bienfaits, aient été les seuls h se désintéresser de ces questions? Nous croyons donc que Mécène a dû encourager vivement le projet de Virgile, qu'il a dû recevoir plus d'une fois des confidences au sujet de cette œuvre encore sur le métier, et qu'on peut prendre au sérieux les vers où le poète rappelle « les ordres difficiles » de son protecteur *.
Virgile mit sept ans à exécuter les Géorgiques (37 à 30). Nous savons qu'il composait lentement, et que, semblable à notre Racine, il faisait difficilement des vers faciles. D'ailleurs, avant de se mettre h l'œuvre, il avait étudié tous les ouvrages des Grecs et des Ro-