Géorg,, III
tua, Maecenas, haud moUia jussa.
mains sur l'agriculture, Hésiode, Xénophon, Aristote, Tliéophraste, Nicander, Érastothène, Gaton, Varron, sans compter Aratus quïl a imité lorsqu'il parle des phénomènes célestes, sans compter Lucrèce dont l'empreinte est restée si profonde dans son œuvre.
Quand elle est achevée, et que le grand succès de ce poème lui a permis d'affronter une entreprise plus difficile encore, il reprend ses anciens projets, et il médite V Enéide. Nul ne songera sans doute à contester l'influence d'Auguste sur le choix d'un tel sujet: la famille des Jules faisait remonter son origine au fils d'Énée; une autre tradition, accréditée par Ennius, désignait Romulus comme le descendant d'Énée. Montrer dans le prince troyen le premier ancêtre de Rome, c'était donc à la fois relever les origines nationales et rattacher étroitement aux destinées de la patrie les nouveaux maîtres qui la gouvernaient. Aussi Auguste attendait-il avec impatience et pressait-il par ses instances l'achèvement du poème, qui pendant onze ans occupa Virgile dans ses campagnes de la Campanie et de la Sicile.
L'empereur obtenait enfin, en 23, la lecture des trois livres les plus avancés, le second, le quatrième et le sixième. Dans celui-ci se trouve le louchant épisode de Marcellus. Donat raconte, dans sa biographie de Virgile, qu'Octavie, mère de Marcellus, entendant ces beaux vers où le poète déplore avec une émotion si sincère la mort du jeune homme, neveu et successeur désigné d'Auguste, s'évanouit, et fît compter à l'auteur dix mille sesterces pour chaque vers *.
Bien que Rome attendît avec impatience l'apparition du poème, bien que le poète Properce l'annonçât avec enthousiasme dans un distique bien connu :
I 1. La sesterce valait alors plus de 20 centimes. C'était donc
I environ 2000 francs par vers. L'épisode en a 26.
«Reculez, écrivains romains, reculez, écrivains grecs; un chef-d'œuvre naît, plus grand que V Iliade ^ », Virgile ne se décida pas encore à le publier. Il résolut de passer trois années en Asie et en Grèce, pour mettre la dernière main à son œuvre, et pour visiter les lieux où il avait placé quelques-unes de ses principales scènes. Mais à Athènes il rencontra Auguste, qui revenait d'Orient. Virgile, après une excursion à Mégare, céda aux instances du prince et reprit avec lui la route de Tltalie. Attaqué en route d'une maladie que la mer ne fit qu'irriter, il mourut à Brindes. peu de jours après son débarquement (21 sept. 735, 19 av. J.-C). Il était âgé de cinquante et un ans. 11 avait ordonné que son Enéide fût brûlée, il recommandail que du moins on ne la complétât pas, et qu'on laissai même tels qu'ils étaient les vers inachevés. Auguste refusa énergiquement d'accomplir le premier vœu du poète; mais il voulut que le second fût religieusement respecté. Deux amis de Virgile, le poète Varius et Plotius Tucca, furent chargés de la revision du poème et se bornèrent à en retrancher quelques vers.
Suivant le désir de Virgile, ses restes furent transportés à Naples. Vers la fin de sa maladie, il composa, dit-on, lui-même son épitaphe :
« Mantoue m'a donné le jour, la Calabre me l'a ravi; aujourd'hui Parthénope me possède : j'ai chanté les prairies, la campagne, les héros. »
Il fut enterré sur le chemin de Pouzzoles, à moins de deux milles de Naples. On montre encore, à l'entrée de la grotte du mont Pausilippe, un tombeau vide aujourd'hui, qu'on désigne comme le sien. De tout temps, cette tombe a été entourée de vénération
Cedite, romani scriptores, cedite, graii ; Nescio quid majus nascitur Iliade.
(II, xxxiv, 65, 66.)
et d'honneurs. Chaque année, le poète Silius Italicus y faisait une sorte de pèlerinage, et Stace allait y chercher de grandes pensées *. Selon Martial, les ides d'octobre étaient consacrées par la naissance de Virgile, comme d'autres jours le sont par la naissance d'un dieu. Ses contemporains avaient devancé cet enthousiasme. Au témoignage de Donat, les Bucoliques étaient souvent récitées sur le théâtre. On raconte qu'à Rome le poète se cachait pour échapper aux acclamations populaires et qu^un jour, au théâtre, le peuple lui rendit, en se levant à sa vue, les mêmes honneurs qu'à Augjiste*. Ces hommages ne pouvaient déplaire au prince qui avait pour le poète la plus vive affection et entretenait avec lui, en son absence, une correspondance pleine d'abandon. Quant à Mécène, on lui faisait sa cour en témoignant de l'admiration pour Virgile ; tels étaient aussi les sentiments des nombreux amis du poète, parmi lesquels il faut compter Properce et Horace. Celui-ci a raconté lui-même qu'il dut à Virgile et à Varius la connaissance et l'intimité de Mécène ' ; il ne l'oublia pas, et la reconnaissance entra sans doute pour beaucoup dans son amitié. Il voyait dans Virgile « la moitié de son âme », et lui adressait, au moment du voyage en Grèce, des adieux dont la tendresse semble mêlée de pressentiments douloureux *.
Virgile, selon le portrait tracé par Donat, était grand, brun de teint, d'iu^e physionomie rustique ; sa santé était chancelante. On dit qu'il parlait peu, et qu'il
1. Silves, IV, IV, 54-55. « Assis sur le seuil du temple de Virgile, j*en reçois les inspirations et je chante sur la tombe de mon sublime maître. »