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avons VU que cet enfant n'est autre sans doute que le fils de Pollion.
La première églogue du recueil est aussi Texpression personnelle des sentiments du poète. L'effusion de sa reconnaissance fait plaisir; il règne d'ailleurs dans cette petite pièce une mélancolie touchante : la douce tranquillité de la campagne, les charmes puissants qui attachent l'homme à sa patrie, à la cabane et au champ de ses pères, la douleur et les amertumes de l'exil y sont peints avec une vérité pleine d'abandon. L'harmonie des vers se plie admirablement à l'expression de ces sentiments : elle est suave, naturelle, flexible, c'est une musique délicieuse qui accompagne les vers du poète et nous en complète le sens et l'effet.
La dixième églogue, dans laquelle Virgile décrit les douleurs de son ami, le poète Gallus, et l'infidélité de Lycoris, est pleine aussi de gracieux détails. C'est une des plus directement empruntées à Théocrite, mais, dans son ensemble, elle lui est très inférieure. 11 est impossible de ne pas sentir que l'imitation seule a produit le sujet, que presque tous les mouvements de Virgile sont calqués sur la pièce grecque et qu'il n'y eût pas songé sans elle. Daphnis, le héros de la première idylle de Théocrite , est un personnage célèbre parmi les bergers; c'est la vengeance de Vénus qui s'exerce sur lui. On conçoit que Mercure, qui est son père, vienne le trouver au milieu de ses douleurs, que Vénus, qui venge en ce moment les dédains de Daphnis, se présente pour jouir de son triomphe, que toutes les divinités des bois et des campagnes soient touchées du malheur de celui dont les chants les ont si souvent charmées. Mais pourquoi ce concours de bergers, de dieux et de déesses auprès de Gallus ? pourquoi les arbres, les montagnes prennent-ils part à sa douleur? Cependant, des traits déli-
cats de sentiment rachètent en partie cette infériorité de Virgile. Un pathétique inconnu au poète grec, quelque chose de l'âme dans la peinture d'une passion que les anciens n'ont guère idéalisée, une vérité expressive dans la douleur et le désespoir du personnage qu'il met en scène, tels sont ses avantages. Voici quelques sentiments qu'on ne rencontrerait pas dans Théocrite :
Ici, Lycoris, sont des sources fraîches, ici de doux gazons et des bocages, ici ma vie s'écoulerait avec toi. Et maintenant un amour insensé te retient au milieu des armes du farouche Mars, au milieu des combats et des ennemis. Aujourd'hui, loin de ta patrie (ah! que ne puis-je refuser d'y croire!), aujourd'hui, cruelle, tu affrontes, seule et sans moi, les neiges des Alpes et les glaces du Rhin ! Ah ! que ces froids épargnent ta santé ! Ah î que la glace ne déchire pas durement tes pieds déhcats !
Voilà bien la sensibilité et la délicatesse virgiliennes. Quand le poète pourra s'y abandonner sans contrainte, son génie se révélera tout entier; quand il pourra se montrer à nous avec tout son amour pour la campagne, pour la paix, pour l'humanité, avec son enthousiasme patriotique pour la gloire et la prospérité de son pays, avec sa douleur à la pensée des maux qui l'ont déchiré, nous aurons le grand poète des Géorgiques et de V Enéide.
Géorgiques. — Le sujet des Géorgiques réunissait toutes les conditions du succès : il était, en quelque sorte, national, et avait, nous l'avons dit, le mérite de Fà-propos ; il était dans les goûts du poète, fds d'un cultivateur, élevé au milieu des travaux des champs; enfin, il avait été traité par ces poètes de récole d'Alexandrie que l'auteur aimait à prendre pour modèles. L'ouvrage se ressent de l'inQuence de tant de
circonstances heureuses : c'est le plus parfait de ceux de Yirgile et le plus beau monument de la poésie didactique.
Le plan est tracé dans les premiers vers avec une précision dont Lucrèce avait donné le modèle. L'élève de ce grand poète ne pouvait s'affranchir de cet enchaînement qui est une des qualités du poème de la Nature, D'abord la culture de la terre et le noble travail du laboureur qui nourrit les hommes; puis les arbres, et en particulier les plus précieux de tous, la vigne et l'olivier; ensuite les bestiaux, et, avant tout, le cheval et le bœuf, ces fidèles auxiliaires de l'homme ; en dernier lieu, les abeilles, qui, par les merveilles de leur organisation presque sociale, méritaient une place à part : telle est la marche du poème, tel est l'objet de chacun de ses quatre chants. L'intérêt, on le voit, est habilement ménagé et va toujours par gradation. Une courte analyse permettra de le mieux comprendre.
Après une invocation aux dieux champêtres et à Auguste qu'il divinise, le poète recommande d'abord au laboureur l'étude du sol et du climat. Il passe en revue les divers systèmes de culture, les instruments aratoires, les semences. Il précise les époques propices aux travaux des champs, les occupations des jours de pluie et de fête, les travaux de nuit. Il décrit les tempêtes du printemps et de l'automne, et, en étudiant les moyens de prévoir le temps, il arrive à un ^de ses plus célèbres épisodes, l'énumération des prodiges qui suivirent la mort de César.
Le"" livre second commence par une invocation à Mécène. Puis le poète donne des conseils pour la culture des arbres, culture naturelle ou artificielle (boutures, marcottage, greffe). Il recommande l'étude du climat et du sol, et il développe particulièrement la culture de la vigne, celle de l'olivier et celle des^ arbres à fruits.
Le livre troisième débute encore par un hommage à Auguste et par une invocation nouvelle à Mécène. Puis Tauteur s'occupe de la reproduction du gros bétail et des chevaux ; il décrit les soins que demandent les mères, les jeunes veaux, les jeunes chevaux. Le cheval occupe dans ces tableaux la place que mérite ce fidèle compagnon des travaux de l'homme, de ses plaisirs et de ses dangers. Les portraits du cheval de race, du cheval de course, du cheval dé guerre ont une expression saisissante.
Il s'arrête ensuite aux menus troupeaux et les suit à retable et dans les pâturages. C'est l'occasion d'un intéressant épisode sur les peuples nomades de l'Afrique et de la Scythie. Viennent des conseils précis pour la conservation de la laine, pour le laitage. Les * chiens, ces utiles auxiUaires du berger, ont aussi leur place. L'auteur termine par des recettes pour la destruction des animaux nuisibles et contre les maladies qui attaquent les troupeaux. Ainsi est amené naturellement le bel épisode de la peste d'Illyrie.
Au livre quatrième, après une troisième invocation à Mécène, l'auteur décrit la place qu'il convient de donner aux ruches, leur construction, les précautions à prendre quand les abeilles essaiment au printemps ou quand elles combattent pour choisir leur roi. Après une courte digression sur l'art des jardins et sur la vie d'un vieillard de Tarente S il décrit le caractère et les mœurs des abeilles, il indique les moyens de recueillir les rayons, il signale les maladies qui frappent ces insectes et les remèdes propres à les guérir. Si les essaims ont péri, on peut les faire renaître des entrailles d'un taureau sacrifié.
Cette pratique légendaire, dont l'invention est attribuée à un célèbre berger d'Arcadie, Aristée, amène le