Voir Morceaux traduits des auteurs latins ^ p
long épisode qui termine l'ouvrage, et le court épilogue dans lequel Virgile fixe, en quelque sorte, la date de son livre, le marque de son nom et rappelle ses premiers ouvrages :
Voilà ce que je chantais sur l'entretien des champs et des troupeaux, et sur les arbres, tandis que le grand César lance ses foudres guerrières sur les bords du large Euphrate et, vainqueur, donne des lois aux peuples joyeux de lui obéir, et s'ouvre la route de l'Olympe. Pendant ce temps, moi, Virgile, je vivais heureux dans ma chère Parthénope au milieu des travaux de ma tranquille retraite, moi qui ai mis en scène les luttes poétiques des bergers et qui, dans l'audace de ma jeunesse, t'ai chanté, ô Tityre, étendu sous les ombrages épais d'un hêtre.
Ce qui fait la supériorité des Géorgiques sur tous les autres poèmes didactiques, c'est que la poésie y anime tout de son charme. Bien que rautenj* reproduise exactement les connaissances de son temps, c'est en poète qu'il les expose. Il n'a pas prétendu faire un traité complet et minutieux. Saisi de la grandeur, de la beauté de l'agriculture, il cherche moins à l'enseigner qu'à la décrire, il veut en faire ressortir la dignité et le charme, son but sera obtenu s'il la fait aimer.
La lecture des Géorgiques confirme partout cette observation. Virgile excelle à varier les formes didactiques; rien de plus net, de plus simple, et en même temps de plus souple comme allure que les vers consacrés à l'énumération des préceptes, rien de moins monotone que ces prescriptions données tantôt sur le ton du commandement, plus souvent sur celui d'un conseil, d'une observation faite ou recueillie par l'auteur, d'une insinuation ou d'un vœu. La partie descriptive est pleine de richesse et d'éclat; ce n'est pas une poésie rêveuse qui se laisse aller à ses impres-
sions, c'est une description exacte et précise et cependant très intéressante. Virgile admire profondément les forces de la nature, il dépeint leur travail avec un enthousiasme simple, vrai, fermement exprimé. Il s'intéresse aux plantes, comme La Fontaine à ses animaux ; il s'y arrête avec complaisance, il les aime ou les hait selon qu'elles sont bienfaisantes ou nuisibles. Quelquefois il leur donne la vie et le sentiment, il les anime des pensées et des passions de l'homme :
« L'arbre greffé élève vers le ciel ses branches fertiles, et il s'étonne de ce feuillage inconnu, de ces fruits qui ne sont pas les siens *. » — « Quand les zéphirs viennent réchauffer la terre, les plantes osent se confier au soleil nouveau 2. » — « Le laurier abrite son humble enfance sous Ja grande ombre de sa mère ^. » — « Le chêne immobile voit passer les générations des hommes, et demeure debout et vainqueur *. »
Tout est vivant et poétique dans ces tableaux où l'on pouvait craindre la froideur, et l'effet est achevé par l'expression de sentiments nobles et affectueux, d'idées morales et philosophiques.
Mais un autre mérite encore plus grand peut-être, ce sont les épisodes si heureusement mêlés au sujet. Ils forment une partie importante du poème ; ils sont si inséparables du dessein même de l'auteur, qu'on
1. Exiit ad cœlum ramis felicibus arbos, Miralurque novas frondes et non sua poma.