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niSTOIRE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE 3§3
peut dire à peine que ce sont des épisodes ; ils ressemblent aux chœurs de la tragédie grecque, dans lesquels se révèlent la pensée intime du poète et la moralité du drame. Tantôt c'est la réhabilitation du travail, dont la loi remonte à Jupiter * ; tantôt c'est la peinture de la guerre civile, ce fléau de l'agriculture '; tantôt l'éloge de l'Italie, mère des moissons et des guerres ^, ou de la vie champêtre, cette mâle et rude école des anciens Romains *; tantôt la description touchante de la peste des animaux, où l'auteur a imité avec art Thucydide et Lucrèce ^. Un seul épisode, celui d'Aristée, par l'étendue d'un développement d'ailleurs admirable, s'écarte un peu des proportions d'un épisode; mais par le sujet il se rattache naturellement au poème et il le complète, car Virgile, après avoir examiné les maladies qui atteignent les abeilles et les remèdes qu'on y peut apporter, ne pouvait négliger le cas d'une épizootie anéantissant ioutes les ruches, et les moyens d'obtenir une génération artificielle des essaims.
Aussi faut-il absolument rejeter le récit de Servius, commentateur du y^ siècle, d'après lequel Virgile aurait d'abord terminé son livre par un éloge étendu de Cornélius Gallus. Plus tard, après la disgrâce et la mort de Gallus, le poète aurait supprimé le morceau qui pouvait déplaire h Auguste et lui aurait substitué les beaux tableaux que nous possédons. Un savant professeur, M. Denis, doyen de la Faculté des lettres de Caen , montre avec la dernière évidence l'absurdité de cette histoire, qui a été trop facilement
1. Liv. I, vers 125 et suiv. Voir Morceaux traduits des auteurs latins, p. 185.