Enéide, VIII, vers
cœur humain, et peint avec tant de pathétique les déchirements de la conscience et les élans de^ la douleur. Nous l'avons citée dans notre Choix de morceaux traduits des poètes latins * .
Parmi les caractères de femmes, nous avons déjà indiqué Junon, si passionnée et si vivante. Dans le plus bel épisode de son troisième livre *, Virgile a dépeint cette Andromaque, aussi touchante que celle d'Homère et supérieure h celle d'Euripide , digne d'avoir servi de modèle à F Andromaque de Racine. Au onzième livre, c'est Camille, la fière et intrépide guerrière. C'est surtout la dramatique et puissante création de Didon, qui, malgré quelques traits empruntés à la Médée d'Euripide et à l'Ariane de Catulle, appartient tout entière, on peut le dire, au poète romain '. Ce sont là de magnifiques peintures, mais elles ne figurent dans le poème qu'à titre d'incidents.'
On a reproché à V Enéide la duplicité de l'action. Le poème en effet , comme l'indique l'exposition même, a deux objets différents : d'abord l'arrivée d'Énée en Italie, puis son établissement dans le Latium. Ce défaut d'unité et le grand nombre d'années et d'événements que le poète a embrassés dans son plan, s'expliquent par la nature de l'épopée : les faits ne s'y présentaient pas serrés et nombreux comme dans VIliade; on ne pouvait, à une si grande distance, chercher l'intérêt dans ces détails familiers, dans cette vérité de ton et de couleurs qui font la vie de l'épopée originale; les mœurs, dans V Enéide^ sont et devaient être nécessairement effacées. Virgile , pour remplir son cadre, avait donc besoin de l'abondance des événements , de la multiplicité des épi-