‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 188 sur 433 · II · texte numérisé non relu

II

Horace allègue pour s'excuser les grands travaux d'Auguste, qu'il a craint de troubler indiscrètement par ses vers. Après cette courte justification qui commence son épître, il aborde rapidement une question littéraire et s'y renferme.

D'ailleurs, si l'on peut regretter, comme nous l'avons dit déjà à propos de Virgile, les exagérations et l'emphase d'une ode politique où il célèbre le maître *, il faut reconnaître qu'il a montré, dans ses œuvres comme dans sa conduite, une indépendance qui l'honore. Il a rappelé sans embarras sa campagne républicaine *. Il a célébré, dans une pièce dédiée à Auguste, la « noble mort de Caton ' », il a parlé de Brutus avec honneur * ; l'ode Au navire ^ est vraisemblablement ài l'adresse du parti vaincu, qu'il ne voudrait pas voir se lancer dans de nouvelles et folles aventures. Il n'a pas craint de nommer le poète Cassius de Parme, un des meurtriers de César, proscrit par Auguste et mis à mort ^, Ce n'est donc pas sans dignité qu'il a rompu avec la cause où l'avait jeté l'élan irréfléchi de la jeunesse, plutôt peut-être que des convictions profondes; il n'a pas changé furtivement, bassement, en homme honteux de luimême , en courtisan intéressé du succès. Il avoue hautement et son passé et son présent : rallié par raison au gouvernement d'un seul, servant avec conviction dans ses odes les vues et la politique d'Auguste, il évite en même temps Téclat d'une faveur dont on pourrait médire, et tient à conserver à sa conversion, à ses éloges, toute leur autorité. Au reste

!. Odesy I, 2, à Auguste.

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