‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 195 sur 433 · II · texte numérisé non relu

II

Odes littéraires. — La plus célèbre des odes littéraires est celle qa'Horace adresse à Jules Antoine, fils du triumvir et de Fulvie, élevé par la seconde femme d'Antoine, Octavie, sœur d'Auguste. Ce jeuiie homme, alors comblé des bontés d'Auguste, et marié à Marcella, nièce du prince, d'ailleurs lettré et poète lui-même, avait sans doute demandé à Horace une ode dans le style de Pindare, pour célébrer le retour de l'empereur. Horace décline cet honneur périlleux et apprécie en beaux vers, mais avec plus d'éclat que de précision, le génie poétique du chantre thébain :

Entrer en lutte avec Pindare, c'est vouloir, ô Jules, s'éle^ ver sur les ailes de cire d'un Dédale pour donner son nom au cristal des mers. Tel qu'un fleuve qui roule du haut des montagnes, que les pluies ont gonflé et répandu hors de ses rives, ainsi bouillonne et précipite ses flots immenses le sublime Pindare. Il mérite le laurier d'Apollon, soit que dans ses audacieux dithyrambes il roule des mots nouveaux et s'emporte en des rythmes hbres de toute loi; soit qu'il chante les dieux et les rois, enfants des dieux, dont le bras vengeur terrassa les Centaures et la Chimère aux flammes formidables; soit qu'il dise les vainqueurs que la palme d'Elide renvoie égaux aux dieux, l'athlète, le coursier lui-même, et leur décerne un prix pliis glorieux que cent statues, soit enfin qu'il pleure avec l'épouse désolée le jeune époux qu'elle a perdu, et qu'élevant jusqu'aux astres sa force, sa vaillance, ses mœurs dignes de l'âge d'or, il l'arrache à la nuit de l'Achéron *.

Puis Horace abaisse modestement ses vers devant les sublimes accords du poète de Dircé :

Un souffle puissant soulève le cygne thébain, quand il s'élance dans la région des nuages ; pour moi, comme l'abeille de Matin u m, qui butine avec peine le thym parfumé, je compose humblement sous les ombrages, près des fraîches rives de Tibur, mes vers laborieux.

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