Livre I
d'Alexandrie, qui ont tant prodigué l'hyperbole et inventé f apothéose. Mais, quand Horace célèbre la grandeur de son pays, quand il déplore les maux de la guerre civile, il est naturel et vrai : on sent chez lui la chaleur et l'accent ému du patriotisme. Telle est l'ode sur Régulus% que l'on trouvera dans notre Recueil *; telle est la première du IP livre que le poète adresse à Asinius Pollion. Il engage le célèbre personnage, à la fois homme politique, avocat, poète tragique et historien, à négliger pour un temps Melpomène et à se livrer tout entier aux récits de la guerre civile, bien qu'une telle œuvre soit pleine de périls et qu'il faille marcher sur des feux mal recouverts d'une cendre trompeuse. Puis il nous jette au milieu de la mêlée :
Déjà le murmure menaçant des clairons déchire mon oreille, déjà les trompettes résonnent; l'éclat des armes fait fuir les chevaux épouvantés, éblouit les yeux des cavaliers. Je crois entendre la voix de ces grands généraux, je les vois noircis d'une noble poussière,. et l'univers entier soumis, hors Tâme indomptable de Caton.
Mais ce sont de tristes victoires ; c'est la colère de Junon qui donne comme victimes funèbres aux mânes de Jugurtha les petits-fils de ses vainqueurs, et le poète déplore ces malheurs :
Quelle plaine engraissée du sang latin n'atteste par des tombeaux nos combats impies, et la chute de l'Hespérie, qui a retenti jusque chez les Parthes? Quelles ondes, quels fleuves ont ignoré nos tristes guerres? Quelle mer n'a pas été rougie par le massacre des enfants de la Daunie? Quel rivage ne s'est abreuvé de notre sang?