Olli respondit suavis sonusEgeriaï
vers la voûte azurée du ciel, en vain les yeux pleins de larmes je rappelais de ma voix la plus douce. C'est alors seulement que le songe cessa d'obséder mon esprit.
Malgré la grâce des vers que nous venons de traduire, une force un peu rude est plus souvent le caractère d'Ennius, comme de tous ces vieux poètes. L'éloge de Fabius le Temporiseur, que Virgile a emprunté en partie*; un vers sur la fortuné de Rome, puissante par les mœurs antiques ^, ont la Vigueur de l'éloquence.
On comprend, en rapprochant Ennius de ses contemporains, et surtout du poète tragique Pacuvius, dont nous parlerons bientôt, Téloge de Cicéron : « J'aime Ennius, jamais sa langue ne s'écarte du naturel ^ » L'absence de la recherche et de Taffecla-^ lion, la franchise, la fermeté, voilà les traits principaux de son style. La sensibilité touchante qui fait le charme de Virgile lui a manqué, elle n'était pas dans le véritable caractère romain. Le poète du siècle d'Auguste met dans le cœur du guerrier expirant le souvenir et le regret de sa patrie bien-aimée ; chez Ennius, dans une circonstance semblable, nous trouvons, au lieu des affections de l'âme, la peinture des effets matériels. Ses vers sur un trompette tué en sonnant la charge analysent, avec une vérité horrible,
i . U lUS homo nobis cunctaodo rcstituit rem ;
Non hic ponebat rumores ante salulem ; Ergo postque magisque viri nu ne gloria claret. «Un S6ul homme, en temporisant, a rétabli notre fortune. Il ne plaçait pas de vaines rumeurs au-dessus du salut public ; aussi sa gloire brille-t-elb après lui d'un éclat toujours plus grand. »