‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 202 sur 433 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

les cent dix ans, selon la manière de compter des Étrusques. Pendant les guerres civiles, on en avait négligé la célébration. Auguste, dont la politique voulait ramener les Romains aux croyances du passé, fit revivre cette coutume. Après avoir consulté les livres sibyllins, il décida que l'an de Rome 737 (17 av. J.-C.) on célébrerait les cinquièmes jeux séculaires. Le programme de la fête fut élargi : Apollon, Diane y eurent leur place à côté des dieux infernaux. Horace fut chargé par Tempereur de composer l'hymne que vingt-sept jeunes garçons et vingt-sept jeunes filles devaient chanter en l'honneur de Diane et d'Apollon. Ce chant, qui se compose dé dix-neuf strophes saphiques et où les jeunes gens alternent avec les jeunes filles, rappelle habilement toutes les circonstances de ces jeux : ce sont des vers sibyllins qui les ont prescrits, c'est un cercle de cent dix ans qui les ramène ; ils dureront trois jours et autant de joyeuses nuits. Les adolescents appellent sur Rome les faveurs d'Apollon; les jeunes filles invoquent sa sœur, tantôt sous le nom de Lucine, tantôt sous celui de Diane; les deux chœurs réunis demandent « des mœurs pures pour la jeunesse, du repos pour la tranquille vieillesse, des richesses, de la postérité, de la gloire pour la race de Romulus, la domination de l'univers pour l'illustre sang d'Anchise et de Vénus », et ils célèbrent les grandeurs et les bienfaits du nouveau règne. Cette pièce officielle a toutes les qualités qu'on pouvait lui demander, élégance, harmonie, brillantes images, convenance délicate dans l'éloge du prince ; il ne faut pas y chercher les libres allures et l'originalité d'une œuvrç personnelle.

Satires. — Ce n'est pas non plus par les Épodes qu'on peut juger le véritable caractère de la satire d'Horace. Le poète répudia bientôt ces poésies, dont

il s'excuse comme d'une inspiration de la pauvreté et du malheur. A l'expression amère et injurieuse de « ses colères politiques, morales, littéraires, amoureuses^ », succède une raillerie douce et délicate, s'attaquant aux défauts et aux ridicules plutôt qu'aux personnes, un rire aimable et indulgent. Tel est le caractère des Satires et même des Epîtres^ recueils aujourd'hui distincts et divisés chacun en deux livres, mais que le poète avait confondus sous le nom modeste de Sermones (causeries). Ce n'est plus l'invective patriotique du vieux satirique Lucilius, qu'inspirent les haines de parti et dont l'indignation sans pitié déchire ceux qu'elle atteint. Ce ne sont pas non plus les sombres tableaux de Ju vénal, qui, placé dans un temps de hideuse corruption, de tyrannie effrénée, d'épouvantable misère, n'a été avec sa mordante hyperbole que l'historien exact et quelquefois cynique d'une époque exceptionnelle. Horace, au contraire, est le peintre du cœur humain; et il ne le voit pas, comme Perse, le poète stoïcien, à travers les leçons et les livres de ses maîtres; il fait des portraits qui sont des types éternels, sous le costume particulier d'une époque, c'est l'homme de tous les pays et de tous les temps. Indulgent par nature et par système, il ae s'irrite que contre ceux qui n'ont pas d'indulgence. La vertu pour lui est placée entre tous les vices, à une égale distance de chacun ^. C'est presque une affaire de prudence et d'intérêt bien entendu. Il ne déclame pas contre son temps, comme le feront Sénèque et Juvénal, il croit que son siècle vaut ceux qui l'ont précédé, les hommes sont toujours les hommes : « Ne s'étonner de rien ni en bien ni en

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