Voir notre chapitre sur Virgile
sième est une critique de la sévérité stoïcienne, qui ne distingue point entre les vices et les faiblesses inséparables de la nature humaine ; l'auteur combat avec force notre penchant à grossir les fautes d 'autrui et à fermer les yeux sur les nôtres. On pense, en le lisant, à la besace de notre La Fontaine et à ce vers qui en serait un assez fidèle résumé :
On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.
La pièce suivante, qui est une apologie en règle de la satire , a un grand intérêt par les détails qu'elle nous donne sur la personne d'Horace, sur son caractère, sur son éducation. Une reconnaissante affection respire dans ces vers, où le poète raconte avec attendrissement les conseils de son père et les leçons pratiques qu'il a reçues de lui. C'est en lui signalant les tristes conséquences du vice que cet excellent père Ta détourné du mal; c'est en lui inspirant l'estime des gens honnêtes, entourés du respect de tous, qu'il lui a inspiré le goût du bien. On n'a pas eu tort d'indiquer ces habitudes d'observation morale comme une des influences principales qtii ont développé le talent satirique d'Horace. La sixième satire est comme un complément de la quatrième. En réponse aux jalousies et aux haines qu'a soulevées contre lui la faveur croissante de Mécène, il adresse à son protecteur de nobles remerciements. Lui dont la famille est si ancienne", il n'a pas dédaigné le fils d'un affranchi ; il place la vraie noblesse dans les qualités de l'esprit et du cœur. Alors Horace raconte l'origine de ses relations avec Mécène, et il complète: rhis|oire de sa jeunesse par un nouvel hommage aux §oins éclairés et vigilants de son père. En faisant, la biographie du poète, nous avons traduit quelques vers
de cette pièce touchante, que l'on trouvera tout entière dans notre Recueil * .
La septième satire est faible. C'est sans doute un des premiers essais d'Horace. Il raconte une dispute qui a eu lieu à Clazomène entre un certain Rupilius de Préneste et Persius de Clazomène, en présence de Brutus, commandant en chef de l'armée. Ce souvenir de sa campagne républicaine n'a pas bien servi le poète. Quand on le voit rire de bon cœur à propos de plaisanteries aussi plates, d'injures aussi triviales, on s'étonne qu'il ait jugé avec tant de sévérité le théâtre de Plante. La pièce suivante, dans laquelle sont décrites les opérations de deux magiciennes, dont l'une, Canidia, nous est déjà connue par les Fpodes^, n'a pas beaucoup plus d'intérêt. Mais la neuvième satire, le Fâcheux, quoique le sujet en soit mince, est très jolie et très piquante. Elle a inspiré heureusement notre vieux poète Régnier', et Molière, dans sa comédie des FâcheuXy lui a emprunté quelques traits. Nous l'avons citée dans notre Recueil'', La dixième et dernière satire est toute littéraire ; c'est une réponse aux admirateurs exclusifs de Lucilius, qui s'étaient émus en lisant dans la quatrième satire le jugement d'Horace sur l'incorrection et l'abondance bourbeuse du vieux poète. Nous avons exposé ce procès dans notre chapitre sur Lucilius.
Les satires dialoguées du second livre sont en général vives et piquantes. La première est une défense de la satire sous forme de consultation demandée au célèbre jurisconsulte Trébatius Testa. Quoique placée en tête du livre, elle est la dernière qu'Horace ait composée. Dans la seconde, Horace fait parler le paysan