‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 206 sur 433 · Sat,, VIII · texte numérisé non relu

Sat,, VIII

Ofella. Dépouillé de son bien par les vétérans d'Octave, ce brave homme cultive pour le compte d'un autre le domaine où il avait commandé en maître; mais la simplicité de ses goûts lui rend sa condition suppor-

; table et il oppose à la folie des gourmands du jour, qui par leur ignoble passion ruinent à la fois leur fortune et leur santé, les avantages précieux de la frugalité, véritable source de la santé et du bonheur. Dans la troisième, un spéculateur ruiné, fraîchement converti

. au stoïcisme, développe ce thème stoïcien ; Tous les hommes sont fous chacun à sa manière. Il n'excepte

^ pas même de cette condamnation son interlocuteur Horace, et il lui démontre qu'il a aussi son genre de folie. La quatrième satire se rapproche de la seconde : elle attaque par la bouche d'un certain Gatius les épi-

\ curiens et leurs leçons d'art culinaire. Le cadre de la cinquième est ingénieux : Ulysse, ruiné par les préten-

' dants de Pénélope, consulte le divin Tirésias sur les moyens de faire fortune. Celui-ci lui fait connaître une industrie florissante à Rome, la chasse aux testaments. Le métier des captateurs ne fit que croître depuis cette époque ; nous le savons par Juvénal et par un joli petit morceau de Pétrone, qui montre Rome partagée en deux classes, les cadavres et les corbeaux. Nous avons déjà indiqué le caractère de la sixième satire, charmante pièce personnelle, où le poète se peint avec ses goûts modestes et son amour de la campagne ; par le cadre, comme par le sujet, elle diffère de toutes celles du même livre. Dans la septième, Dave, esclave du poète, profite de la liberté des Saturnales pour dire h son maître toutes ses vérités. Enfin la huitième est le récit peu intéressant d'un repas ridicule donné à Mécène, à Varius, et au poète comique Fundanius par un riche avare, nommé Nasidiénus.

Telles sont dans leurs traits principaux les satires d'Horace. Partout le poète fait la guerre aux excès, à.

l'avarice, à Favidité, à Tambition, à la grossière débauche, au stoïcisme, qui est encore une exagération; partout il célèbre la médiocrité, le repos, le calme de l'esprit, la pratique de la bienveillance. Affectueux pour ses amis, il est indulgent même pour ses adversaires, il ne s'acharne pas contre les personnes, avec lui la réconciliation est toujours possible. Ce recueil est un fonds inépuisable d'observations fidèles sans être profondes, qui peignent avec une vérité parfaite la vie de tous les jours. On y goûte un plaisir qu'on aime à renouveler et qui s'accroît à chaque lecture.

Ëpîtres. — Sur beaucoup de points, les Épîtres ne se distinguent guère des Satires, Le cadre seul est différent : au lieu de s'entretenir avec lui-même ou avec les hommes en général, Horace y adresse plus particulièrement à un ami ses réflexions et ses conseils. On a remarqué aussi que les idées y sont mieux suivies, qu'il est plus facile d'y trouver un plan. Cette différence a été expliquée par les progrès du poète, par la maturité plus grande de son talent. Mais le cadre suffirait à en donner la raison : ce ne sont plus des conversations, ce sont des lettres. Sans doute une lettre n'est qu'une conversation à distance ; mais par le fait seul qu'elle est écrite et qu'elle n'a pas l'imprévu d'un véritable entretien, elle doit être plus réguUère dans • sa marche, plus complète dans son ensemble. Cependant l'influence de l'âge est sensible dans les Épîtres d'Horace : la satire est plus rare et moins personnelle, la morale et la littérature tiennent plus de place, le style et la versification sont plus soignés; quelquefois la pensée et le sentiment leur communiquent une grande élévation comme dans ce passage de la première épître :

Que l'homme ait pour rempart d'airain une conscience sans reproche, un front que le remords ne fait point

niSTOlRE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE 401

pâlir*... Celui qui ajourne le moment de bien vivre est comme ce paysan qui attend que le fleuve soit écoulé; cependant le fleuve coule et coulera sans s'arrêter pendant tous les âges ^.

11 a jeté ses armes, il a déserté le poste de la vertu l'homme qui travaille sans relâche et s'abîme pour accroître sa fortune '... Celui qui, par crainte d'être pauvre, se prive d'un bien plus précieux que l'or, la liberté, subira, pour sa peine, le poids d'un maître, et sera éternellement esclave-, faute d'avoir su se contenter de peu *.

La traduction française n'arrive pas à rendre la précision énergique et Taccent ému de ces passages. Cette élévation de pensée se rencontre souvent dans les épîtres étendues, telles que la première, où l'auteur annonce qu'il a dit adieu à la poésie lyrique ^ et qu'il se consacre à l'étude delà philosophie, « sans se faire l'adepte d'aucune école, sans jurer sur la parole d'aucun maître, mais en s'arrétant, hôte d'un jour, partout où l'a jeté la tempête ». Telle est encore la seconde épître, où l'auteur tire delà lecture d'Homère des leçons de morale pratique, et la sixième, aimable et spirituelle prédication de calme et de mesure. Ne

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