‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 213 sur 433 · Épit., 1, 1, vers · texte numérisé non relu

Épit., 1, 1, vers

Solve senesqentem mature sanus equum...

que sa véritable intention était de les en détourner, en leur montrant la difficulté et les périls de l'entreprise. Quoi qu'il en soit, il est vraisemblable que l'auteur, en écrivant ces vers, n'a pas eu la pensée de composer un traité régulier et complet sur la poésie. La familiarité du ton, l'absence d'un ordre méthodique, le retour sur des préceptes déjà donnés, l'oubli de certains genres qu'un véritable législateur n'aurait pas négligés, tout contredit ce nom d' Art poétique irsuismis» aux modernes par Quintilien, Symmaque, Sidoine Apollinaire, Priscien, et contre lequel beaucoup de critiques contemporains se sont élevés, non sans de légitimes raisons. Mais cette épître est pleine de vues profondes sur l'art d'écrire, de préceptes excellents sur l'épopée et surtout sur la poésie dramatique. Boileau n'a guère fait que la traduire et la développer, en la complétant et en disposant l'ensemble dans un ordre plus logique, mais en affaiblissant quelquefois les idées et en donnant au ton général une certaine raideur magistrale. Il y a loin de cette sévérité didactique à l'aimable abandon de l'original où rien ne sent ni le pédant ni le docteur.

Horace, dans V Épître aux Plsons, recommande ce soin des détails, cette perfection et ce fini qu'une étude attentive fait trouver partout dans ses œuvres sous la forme de la négligence et de l'abandon. Son style a pour qualités principales la brièveté, la précision, la variété et la grâce : il aime mieux l'esprit que l'emportement, la finesse que la véhémence. Son vers est, comme sa morale, souple et facile : de même qu'il a tempéré l'austérité un peu rude de la sagesse romaine par la sagesse indulgente d'Athènes, de même il a corrigé la majesté quelquefois monotone de l'hexamètre latin par la variété flexible de l'hexamètre grec. Comme Virgile et notre Racine, ce poète, dont un critique ancien, Pétrone, a judicieusement vanté la re-

cherche heureuse {curiosa félicitas), connaissait Tart de faire difficilement des vers faciles. Très hardi dans * ses idées sur la création et le rajeunissement des mots *, il a presque justifié l'audace de ses théories par la discrétion et le goût de ses applications. Admirable écrivain qui, sous l'esprit et l'enjouement, cache la force et la profondeur, et que l'on apprécie davantage à mesure qu*on le lit plus souvent!

Voltaire, dans son ÉpHre à Horace, a très finement apprécié la philosophie du poète latin et le charme de ses écrits, plus sensible aux hommes mûrs et aux vieillards refroidis par l'expérience et désillusionnés par la vie qu'à la générosité enthousiaste des jeunes gens. Nous ne pouvons mieux terminer notre étude qu'en citant ces vers spirituels :

Jouissons, écrivons, vivons, mon cher Horace.

J'ai vécu plus que loi, mes vers dureront moins. Mais au bord du tombeau je mettrai tous mes soins A suivre les leçons de ta philosophie, A mépriser la mort en savourant la vie, A lire tes écrits pleins de grâce et de sens. Comme on boit d'un vin vieux qui rajeunit les sens. Avec toi l'on apprend à souffrir l'indigence A jouir sagement d'une honnête opulence, A vivre avec soi-même, à servir ses amis, ' A se moquer un peu de ses sots ennemis, A sortir d'une vie ou triste ou fortunée. En rendant grâce aux dieux de nous l'avoir donnée.

{Epîires, GGII, mi.)

Bibliographie : Walckenaër, Histoire de la vie et des poésies d'Horace, 2 vol. in-12, Paris, 2« édition, 1858. — Patin, CEiivres d'Horace, 2 vol. in-12, 1866, traduction précédée et suivie d'études bibliographiques et littéraires, — Études sur la poésie latine, 2 vol. in-8, 1883, 1. 1, ch. xii, xiu, xiv, xv, xvi. —

1. Épit,, II, n, vers 107 et suiv.; Épit, aux Pisons, vers 48 et

suiv.

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Noël des Vergers, Étude sur Horace, en tête de la petite édition Didot, 1855. — Hipp. Rigault, Étude sur Horace, en tête de la traduction en vers de M. Anquetil, 2 vol. in-12, 1875, et dans les œuvres complètes de Rigault, t. II, p. 239-301.

— Cuvillier-Fleury, Historiens, poètes et romanciers, Horace et ses trois traducteurs, t. II, in-12, 1863, p. 213. — Horace et Auguste, p. 239-301. — Aug. Nisard, Examen des poétiques d'Aristote^ d'Horace et de Boiledu, thèse de doctorat, 1845.

— Sainte-Beuve, Étude sur VirgilCy p. 427, court chapitre sur Horace. — Biographie historique et littéraire d'Horace y de L. Mûller, traduite par E. H. Rabiet avec préface de E. Benoist, Paris, 1885. — Pour la langue et la métrique : Ad. Waltz, Variations de la langue et de la métrique d'Horace, Paris, 1881. H. Schiller (traduction Riemann), Mètres lyriques d'Horace, Paris, 1883.

Principales éditions : Orelli, revue par Baiter, puis par Hirschfelder, Berlin, 2 vol., 1882-1883 (notes en latin). — Dûbner, Paris, Lecoffre (notes en français). — Edit. Bentley, Cambridge, 1711, rééditée à Berlin en 1869.

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