TRAGEDIE
Ennius, — Pacuvius, — Attius.
Jugements des critiques anciens sur la tragédie romaine.— Livius Andronicus et Nœvius, qui ont introduit à Rome la tragédie grecque, n'avaient donné que des traductions grossières des œuvres originales. Quoique leurs successeurs, Ennius, Pacuvius, Attius, n'aient été le plus souvent que des imitateurs, leur réputation cependant a été grande, et on les a considérés comme dignes d'être comparés et opposés aux Eschyle, aux ji Sophocle et aux Euripide. Cicéron, en particulier, I toujours heureux d'élever les lettres romaines aurO dessus de rivaux dont la perfection désespère son patrio- Jl lisme, ne perd aucune occasion de citer Ennius, Pa- * cuvius, Attius, de vanter la vigueur des caractères .'i qu'ils ont tracés, d'admirer la force de leur style. Le î talent de ces vieux poètes semble pour lui une affaire '1 d'amour-propre national ; les dédaigner, c'est être *| i mauvais citoyen, c'est presque se rendre coupable de •' lèse-majesté. C'est ainsi qu'il déclare ennemis du nom ' romain ceux qui n'ont pas de goût pour VAntiope *
1 . Quia lam Inimicus pêne nomini Romano qui Enoii Mcdeam aut Aotiopen Pacuvii spernat aul rejiciat ?
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de Pacuvius, tragédie dont le poète satirique Perse attaque vivement et parodie la burlesque emphase * ; c'est ainsi qu'il veut qu'on lise les mauvaises traductions des Latins, plutôt que les originaux si parfaits de Sophocle ou de Ménandre *. De là en partie, et du caractère oratoire de ces tragédies latines, Tadmiration exagérée d'un c/îtique si fin et si délicat quand son jugement est impartial.
Un savant, contemporain de Gicéron, Varron, partage l'admiration du grand orateur pour les tragiques latins et en général pour les vieux poètes. Mais Yarron, qui est avant tout un antiquaire passionné, curieux d'antiquités en fait de langage et de poésie, comme en fait d'usages et de traditions, est par là. / même suspect dans une cause dont il a fait la siemie. I Un critique bien postérieur, Quintilien, dans le ra-
\ pide tableau qu'il a tracé des écrivains de la Grèce et \ de Rome, a recherché une concision épigrammalique, /' qui nuit souvent à la justesse et à la clarté de ses ju- ! gements. D'ailleurs il se renferme presque entièrement \ dans la littérature du siècle d'Auguste, et il paraît peu > connaître la vieille poésie latine. Il juge Ennius par '. / une comparaison poétique vague et peu instructive : i « Adorons Ennius comme ces forêts que leur antiquité \ a consacrées, et dont les vieux chênes, dans leur majesté, inspirent moins l'admiration qu'un respect religieux^, w^l dit des poètes tragiques Pacuvius et Attius, qu'il^sont « célèbres "par TaT force de leurs
1. Suntquos PdcuvîUsqirc^tTeTriïcÔsa moretur Aatiope, œrumnis cor kctificabile fulta.
(Sat., I, 77, 78.) •
2. Synephebos, inquit, potius Cœcilii aut Andriam Tereulii quam utramque Menandri legam ? — A quibus tantum dissentio, ut, quum Sophocles vel optime scripserit Electram, tamen maie conversam Attilii mihi legendain pulem. (De finibus^ I, 2, 24.)
3. EnDium sicuti sacras vetustate lucos adoremus in quibus graodîa et antiqua robora jam non tantam habent speciem quantam roligionem.
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pensées^j^ar la vigueur de leurstyle. par la puissance ^de leursc?^*flr^^^<^<^ ^^ ^«^'g îr^^^mmo c^anc^ûmi» q^ r^c^ juger par lui-même. On accorde, dit-il, plus de force à Attms ; Pacuvius passe pour plus savant aux yeux de ceux qui affectent la science *. »
Le poète Horace est d'une, tout autre école que Cicéroh et Varron ; il appartient à la jeune poésie patronnée par Auguste, à cette littérature aux allures plus grecques que romaines, qui, de plus, par la délicatesse des sentiments et par la savante perfection du langage, s'éloignait du vieux génie latin. D'ailleurs les anciens ont des admirateurs passionnés qui font opposition aux Virgile, aux Varius, aux Horace ; qui, pour combattre la supériorité reconnue de ces grands hommes, exhument et préconisent leurs devanciers, déjà presque oubliés; c'est une querelle des anciens et des modernes, qui est nettement tracée dans Tépître qu*Horace adresse à Auguste ^ Horace, qui répond à des adversaires passionnés et souvent injustes, ne peut donc juger impartialement les vieux auteurs, et nous devons nous attendre à le trouver sévère pour ces tragédies et ces comédies si vantées, comme pour le satirique Lucilius qu'on lui oppose. On comprend d'ailleurs que la rudesse de ces vieux auteurs rebute la sensibilité de ces poètes modernes formés tout entiers par la Grèce.
Caractères généraux de la tragédie romaine. — Malheureusement, pas une des tragédies des Ennius, des Pacuvius, des Attius, ne nous est parvenue, et,
1. Tragœdiœ scriptores veterum Atlius atque Pacuvius, clarissimi gravitate sententiarum, verborum pondère, aucloritate personarum . . . Virium lamen Attio plus tribuitur ; Pacuvium videri doctiorem, qui esse docti affectant, volunt.