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as HISTOIRE i)E LA LITTÉRATURE ROMAINE
pour reviser le jugement des critiques romains, nous sommes réduits à de très courts fragments qui ne nous permettent pas d'avoir une idée de l'ensemble. Un caractère qui justifie à la fois les éloges de Cicéron et les réserves d'Horace et de son école, c'est, comme dans l'épopée, l'absence du pathétique. Toutes les fois qu'on peut établir une comparaison entre les poètes latins et les originaux grecs qu'ils ont suivis de très près, on trouve cette transformation. Loin de la reprocher aux poètes de son pays, Gicéron leur en fait un mérite. Il£^nt donn^au^c^éros pU^â-JlÊ^dignité et d'énergieT^ans le du^ dfgrnatigue d^J^a soufiVance et de la volonté humaine, ils n'ont pas permis que c^irê-xn^parûtjiftiaîs en danger 'd*étre vatîîcue. Il loueTâcûvïïïs d^avôîr "affaibli rexpTëssîon*lrop' pathétique, chez' Sophocle, des plaintes dTJlysse blessé et mourant. « Le sage poète a compris, dit-il, que l'ha- Bitude^de supporter la douleur est une puissante école *. » Il n'épargne pas même le Philoctète et le Prométhée, personnages si admirablement conçus, si obstinés dans leur haine et leur résistance, dans leur résolution de souffrir toujours plutôt que d'échapper à la douleur au prix du triomphe de leurs ennemis ; et il cite avec une sorte de blâme les passages où, chez le Prométhée d'Eschyle et chez l'Hercule des Trmhiniennes de Sophocle, la force de l'âme, qui doit se redresser bientôt dans toute sa mâle énergie, pUie un instant sfus l'excès des tortures ^ Sans déute l'impassibilité stoïcienne que prêche Cicértn pouvait
1. Pacuvius hoc melius quam Sophocles. Apud illum enim perqu™ flebiliter Ulysses lamentatur in vulnere... Intelligit poeta prudiûs,^ ferendi doloris consuetudinem esse non contemnendam magistraifl . I^ {TmciiL, II, 21.) '"■
2. TmcuL, II, 9, 10, 11. Possumusne nos contemnere dolorem, quiim ipsum Herculem tam intoleranter dolere videamus ? Veniat
. convenir aux Romains : c'efet le point d'honneur du -+-- soldat de mourir avec sang-?froid ; un peuple guerrier , 1 avant tout devait certainement placer dans le courage \ cet e^ort d'insouciance ; il aimait à lejretroùver dans--
la trag^édie, comme il l'applaudissait dans k&.gladia-
4 leurs. Mais on peut douter que cette raideur préchée
\ par les" stoïciens, et qui dissimule 1^ lutte plutôt
qu'elle nfe la supprime, sioit la perfection de la vertu., -^
i Ce qui est certain, c'est iju'en effaçant une moitié de
T l'homme, elle a ôté au dfl:*ame ses principaux ressorts. Elle doit arriver à ces ^héros tout d'une pièce, que nous présenteront les iragédies de Sénèque, à ces . personnages extrêmes qans la vertu comme dans le 7-- vice, froids et guindée dans l^ur posture étudiée, sans mouvement, sans ititérêt. Huand la lutte entre la passion et le devoir est supprimée, quand on est sans 1 alarmes pour la vertu, tranquille sur l'issue du combat, S-- que deviennent l'émotion, la pitié, la terreur, ces effets puissants qu'Aristote demande à la tragédie, cette force de « remuer le sensible » dont parle Bossuet? Euripide, %ui doit sans doîiteàce talent d'être appelé par Aristote le plus tragique des poètes^ a peut-être tbusé du pathétique^ Mais on ne peut accuser du h)ême excès Eschyle, qui ne donne à ses héros contre laVorce écrasante du destin que l'énergie d'une protestation passive. Dans Sophocle, la personnalité humaiiVe se relève : toutes les puissances de l'âme se déploient avec un admirable équilibre ; ses héros ne sont pas des stoïciens, cosont des hommes. Chez eux la grandeur morale tempère et ennoblit l'expression de la douleur physique; là est la vérité, là est le mouvement et le drame.
iiÇschylus non m/eta sôlum, sôd etiam Pythagoreus : sic enim accepimus. Qttpmodo fwt aRud eum Prometheus doloi*cm?. .. Videsae poetœ quid mitit afferanl ? Lamontautes inducunt forlissimos.viros j môUiunt auimos noslrod.
--U.pa 1 yt
iO ilISTOlt^É DE LA LITTÉRATURE ROMAINE
Ennius poète tragique. — Enniju^.ayL-âii4ugem^t de^icéron» a la palme. (\e. léiiopée» le cède dan^ la tragédie à Pacuvius et à Attius. Mais^arlçsjendances générales qua nous aV0fis^grSIéisj7il "^ diffère pas de ses rivaux. Nous avons les titres de vingt-trois de ^es tragédies, imitées ou traduites d'Eschyle, de Sophocle et surtout d'Euripide. Quelques fragments assez longs pour qu'une comparaison soit possible permettent d'apprécier cette habitude instinctive ou réfléchie d'atténuer la passion et de substituer au sentiment une description, un mouvement de rhétorique. Gicéron cite avec des cris d'enthousiasme un passage de VAndromaque d'Ennius :
0 mon père, ô ma patrie, 6 demeure de Priam, temple aux portes élevées et retentissantes, je t'ai vu, orné de toutes les richesses de J*Asie, étaler royalement tes lambris, tes ciselures, ton or et ton ivoire. Tout cela je l'ai vu dévoré par les flammes, j'ai vu Priam expirant sous le fer, l'autel de Jupiter souillé de sang i.
Cette amplification, qu'il faut lire dans le texte latin pour en apprécier Tefl'et, sent la rhétorique ; c'est par de pompeuses descriptions, par l'accumulation des épithètes, par la répétition de certaines assonances que l'auteur veut nous frapper. A ces périodes magnifiques on préférerait les paroles simples et touchantes qu'Homère donne à Andromaque devant le cadavre de son époux, et que Racine a retrouvées.
Si Ton compare au texte d'Euripide les fragments
\ . 0 pater, o patria, o Priami domus,
Septum altisono cardine templum, Vidi ego te, adslante ope barbarica, Tectis cœlalis, laqueatis, Auro, ebore insiructam regifice.
Haec omnia vidi inflammari, Priamo vi Vî'tam evetari, Jovis aram sanguine turpari.
{Tmcul., m, 19.)
de la Médée latine, dont les critiques, selon Cicéron, sont coupables de lèse-majesté, on voit presque partout des mouvements oratoires substitués à la passion. Dans Euripide, Médée interpelle ainsi Jason :
Maintenant, où tournerai-je mes pas ? vers la demeure de mon père que j'ai trahi, comme ma patrie, pour m'enfuir avec toi ? Irai -je auprès des malheureuses filles de Péliasi ?
Ennius supprime tout ce qui laisse voir les remords de cette âme se repliant sur elle-même au jour de l'adversité, et ne garde que la forme interrogative :
Où aller ? de quel côté tourner mes pas ? vers la maison de mon père ? vers les filles de Pélias ?
Ailleurs, dans une apostrophe au soleil qui avait besoin d'être touchante pour paraître vraisemblable, Euripide prête au chœur ces paroles pleines de trouble et d'horreur :
0 terre, ô soleil dont les rayons éclairent le monde, voyez, voyez cette femme abominable prête à porter sur ses enfants une main parricide 2.
C'est de la poésie. Ennius amplifie en rhéteur :
Jupiter, et toi soleil majestueux qui vois toutes choses, et dont les rayons éclairent la mer, le ciel et la terre, contemplez le crime qui s'apprête, opposez-vous à cet attentat 3.
/) Pacuvius. — Dix-neuf années seulement séparent S Ennius de Pacuvius, fils de sa sœur ; l'oncle et le ne- ( veu ont dû plus d'une fois se disputer les applaudisse- /ments du peuple romain. Pacuvius était né à Brindes ^en 220 av. J.-C; ce fut Ennius qui l'amena à Rome. u|t fut peintre en même temps que poète ; nous savons par un écrivain ancien, Pline le Naturaliste, que le