Etrusci
Quale fuit Cassi rapide ferventius amni Ingenium
(Sat,, 1, X, vers 61-63.)
Bacchus. Enfin, lui, longtemps objet de rire, par ses accords il déracina les forêts, entraîna les rochers* arrachés de leurs bases. Il osa même s'engager dans une route interdite aux mortels, faire oublier leurs peines aux Mânes charmés par ses accents. La montée n'est pas facile à qui gagne les cimes élevées, c'est au prix des sueurs qu'on s'y élève ; il s'épuise dans les veilles, à la lueur de la lampe nocturne, il détruit tout ce qu'il aimait en lui-même celui qui veut être honoré d'une couronne au feuillage immortel *.
Tibulle. — Nous arrivons au plus délicat, au plus tendre, au plus aimable des poètes élégiaques romains, à Tibulle. Il n'est pas de poète qui réalise plus complètement Télégie, non pas celle des Tyrtée, des Solon et des Théognis, mais Télégie voluptueuse introduite par l'Ionien Mimnerme, développée à la . cour des Ptolémées par Callimaque, Philétas, Euphorion ^ et transportée à Rome d'abord par Catulle, puis par les écrivains de l'âge d'Auguste, élèves et imitateurs des alexandrins. Les pièces de Tibulle remplissent exactement le programme tracé par Horace et, après lui, par Boileau :
Dans des vers inégalement accouplés s'enferma d'abord l'expression de la plainte, puis celle de la passion satisfaite.
La plaintive Élégie, en longs habits de deuil, Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil; Elle peint des amants la joie et la tristesse, Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse.
Tibulle (Albius TibuUus) naquit probablement en 54 av. J.-G. (700 de Rome), d'une famille équestre
1. Voir le texte dans les Poetœ latini minores de Lemaire, 1. 1, p. 677. — Voir sur Cassius de Parme la thèse de M. Alexandre Nicolas, De Cassio Parmensi poeta ac prxsertim de quibusdam apud Suetonium Tranquillum epigrammatis, gr. in-8, 62 p., 1851.
2. Voir notre Histoire de la littérature grecque, 3* édit., livre II, ch. n, p. 83-104, et livre IV, eh. m, p. 533-535.
opulente; il mourut à trente-cinq ans, en 19, la même année que Virgile. Nous avons peu de renseignements certains sur cette existence qui fut courte, mais, en somme, heureuse. En effet, dépouillé comme Virgile, Horace, Properce, d'une partie de sa fortune dans les distributions de terres de l'an 41, et menacé de perdre le reste à l'époque du second partage de l'an 31, il dut sans doute à son protecteur et ami Valerius Messala Corvinus de conserver la modeste aisance qu'il appelle sa pauvreté * et dont il sut se contenter. Peut-être aussi l'amitié et les largesses de Messala lui rendirent-elles sa première opulence, ce qui expliquerait le vers d'Horace ^. Cette petite terre qu'il nous a décrite (l""® élégie) était située sur le territoire de Pedum, petite ville du Latium, entre Tibur et Préneste ; c'est aujourd'hui Zagorola.
H paraît avoir perdu dès l'enfance son père, qu'il ne nomme nulle part dans ses élégies, tandis qu'il parle avec tendresse d'une mère et d'une sœur entre lesquelles il a grandi et qui l'entouraient à son lit de mort. Il vécut à la campagne plus souvent qu'à Rome, au milieu des arbres plantés par ses ancêtres
1. Divilias alius fulvo sibi congerat auro Et teneat culti jugera multa soli ;
Me mea. paupertas vitae traducat inerti.
(Eleg., I, 1.) Il dit plus bas :
Vos quoque felicis quondam, nunc pauperis agri Custodes, fertis munera vestra, Lares.
{Ibid., vers 25-26.)
Non ego divitias patrum fructusque requiro Quos tulit antiquo condita messis avo; Parva seges satis est
(Vers 41-43.)