vers 2. Vnda par aestivum non adeunda Ganem
vers 25-26. Quum mea rugosa pallebunt ora senecta.
Et referam pueris tempora prisca senex.
gauche, rude et faible, semble Tinhabile essai d'ua écolier plutôt que l'œuvre d'un maître. Cependant on y trouve aussi des vers excellents, de belles images, de gracieux tableaux; l'auteur professe pour la campagne cet amour qui est une des plus heureuses inspirations de Tibulle. En outre,* les allusions du poète à la perte de sa fortune dont il a été dépouillé en partie par les triumvirs, sa terreur à l'annonce d'une seconde spoliation, sa confiance en l'appui de Messala, cansul de l'année 723(31 av. J.-C), année même où eut lieu le second partage des terres, tous ces détails précisent la date de la pièce, semblent en désigner l'auteur et ne permettent guère de l'attribuer, comme on l'a fait, à un écrivain très postérieur. La question a été discutée avec étendue et soUdité par un jeune professeur, maître et critique très distingué, M. Larroumet. Il rapproche le Panégyrique de la septième élégie du livre I, dont le sujet est le Triomphe de Aîessala, et que Tibulle a écrit en 727, c'est-à-dire quatre ans après la composition du Panégyrique. Il relève dans l'une et dans l'autre pièce beaucoup de défauts et aussi certaines qualités de même genre, et il en conclut, non sans beaucoup de vraisemblance, que le Panégyrique est le travail d'un débutant, et le Triomphe de Messala l'essai encore inhabile d'un poète qui est en progrès, sans avoir encore atteint, il s'en faut, sa maturité.
Si l'on voulait, dit-il avec un critique allemand, Hanksely rejeter comme apocryphe tout ce qui n'est pas parfait dans les ouvrages des anciens, où s'arrêterait TépuralioD, et quel écrivain, fùt-il Horace ou Virgile, échapperait à k sévérité de ces arrêts? Plus d'un poète moderne, même parmi les plus grands, tels que Corneille et Racine, a coamencé par des œuvres médiocres *.
1. Larroumet, de Quarto Tibulli libro, thèse de doclorat, Paris. Hachette, 1882.
La seconde partie du quatrième livre (depuis la deuxième pièce jusqu'à la douzième) se rapporte, comme nous l'avons dit, à une dame romaine nommée Sulpicia, nièce de Messala, et à un jeune homme désigné le plus souvent sous le nom de Cérinthus, mais qui» en réalité, nous l'avons dit, s'appelle Cornutus. Dans les onze élégies qui sont le développement de cette histoire amoureuse, il faut distinguer deux séries bien différentes pour le caractère et pour le talent poétique. La première (pièces 2 à 6) nous montre un poète maître de son art, qui traite avec une grande perfection de style, un grand charme d'harmonie, un petit drame intime auquel sa personne reste étrangère. Ces élégies sont l'œuvre de TibuUe lui-même, alors en possession de tout son talent et faisant parler avec effusion Sulpicia. Dans les pièces de la seconde série (7 à 12), nous reconnaissons facilement les défauts d'une main inexpérimentée et inhabile : les vers sont souvent durs et mal faits, les impropriétés, les mots parasites ne manquent pas; mais cependant on est touché, tant les sentiments ont de vérité et d'abandon, tant le style a de franchise naïve. Quel est l'auteur de ces six élégies? Sulpicia elle-même, nièce de Messala par sa mère Valéria, qui fut mariée à un ami de Cicéron, le jurisconsulte Servius Sulpicius. Sulpicius, nous le savons par Ovide, composait des vers aussi passionnés que ceux de TibuUe; Horace le nomme parmi les juges dont il ambitionne les suffrages. Le père a pu communiquer à sa fille son goût pour la poésie et aussi l'ardeur de ses sentiments. Sulpicia est noble et riche; Cornutus a pour lui les avantages du corps et de l'esprit, mais il est pauvre; entre les deux jeunes gens se forme une liaison qui, nous le savons par l'élégie du deuxième livre, eut pour dénouement un mariage. M. Larroumet, à
qui nous empruntons les détails qui précèdent, rapproche cette histoire du Roman d'un jeune homme pauvre de M. 0. Feuillet. Il applique aussi à Sulpicia, femme distinguée et savante, malgré les faiblesses et les taches de son style, cette phrase de La Bruyère :
Si les femmes étaient toujours correctes, j'oserais dire que les lettres de quelques-unes d'entre elles seraient peutêtre ce que nous avons dans notre langue de mieux écrit.
Cet ensemble de onze élégies se complète par la deuxième élégie du deuxième livre dont nous parlions tout à l'heure. Il faudrait l'écarter de ce livre, où elle interrompt mal à propos l'histoire de Némésis à laquelle elle est complètement étrangère, et la placer après les onze premières du quatrième livre. Quant aux deux dernières élégies de ce livre (13 et 14), courtes, mais égales aux plus achevées de Tibulle, il est vraisemblable qu'elles étaient adressées à cette Glycère dont parle Horace dans son ode à Tibulle *.
Telles sont, résumées aussi exactement que possible, grâce aux travaux de l'Allemagne et de deux professeurs qui honorent la France, M. Larroumet, déjà cité, et M. Doncieux, auteur d'une thèse récente sur Tibulle *, les conclusions de la science au sujet des œuvres de ce poète. Si elle lui enlève les six élégies du troisième livre, si elle assigne à Sulpicia six autres petites pièces dignes de lui par le sentiment, mais