‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 226 sur 433 · De Tibulli amoribus, Paris · texte numérisé non relu

De Tibulli amoribus, Paris

non par le style, elle reconnaît comme ses titres incontestables les élégies du premier livre adressées k Délie, véritable chef-d'œuvre du genre, les élégies du second livre, moins touchantes peut-être, moins passionnées, mais où la campagne, Tamitié, le patriotisme tiennent plus de place; enfin, dans le quatrième livre, elle montre marquées fortement du cachet du poète les cinq élégies où il fait parler Sulpicia, et les deux pièces qui sans doute sont à l'adresse de Glycére. Quant au Panégyrique de Messala, on peut y voir le premier essai du poète adolescent; la question est et sera toujours controversée, mais de toutes les solutions proposées par les érudits, c'est encore la moins invraisemblable.

Nous ne pouvons, pour plus d'une raison, entrer dans le détail des œuvres de TibuUe ; mais il nous est permis de donner une appréciation générale de son génie.

La première élégie fait connaître assez complètement son talent et son caractère poétique. L'auteur renonce à la richesse qui traîne à sa suite trop d'inquiétudes, qu'il faut acheter par trop de fatigues, par de longs voyages, par d'horribles combats. Il aime sa pauvreté, qui lui permet du moins une vie oisive et tranquille. 11 ne dédaignera poipt les travaux du laboureur. Puissent les dieux qu'il honore conserver et féconder son petit domaine !

Tels sont les sentiments développés dans la première partie de cette pièce. L'amour de la campagne ou plutôt du repos y est peint d'une manière gracieuse, dans des vers faciles et harmonieux. Ce n'est plus le sentiment profond de Virgile, qui célèbre les champs pour les champs eux-mêmes, et qui est sérieusement épris de ces forces naturelles, plantes et animaux, sources les plus pures de la richesse de rhomme, école de la grandeur et du patriotisme des

vieux Romains. Pour TibuUe, la campagne n'est plus qu'un prétexte h la paresse et au plaisir. Sans doute, il le déclare, il ne rougira pas de prendre quelquefois en main le hoyau S mais bientôt il nous livrera le fond de sa pensée : il aime à voir la campagne par la fenêtre du boudoir, comme Delille par celle du salon ; ce paysage n'est qu'un fond gracieux pour un tableau plus animé et plus voluptueux.

Cette deuxième partie, beaucoup moins vague que le lieu commun qui la précède, se recommande par des vers pleins d'une passion douce et tendre, quoique parfois trop molle et trop énervée. Il s'y joint une charmante mélancolie, quand il pense à la mort et à la personne aimée qui pleurera près de son lit et qui lui rendra les derniers devoirs. Mais il ne veut pas que la douleur flétrisse sa beauté; il la supplie de s'épargner par respect même pour les mânes de son ami.

En lisant TibuUe après Horace et Catulle, il semble possible de mesurer par ces poètes la décadence de l'esprit romain. Ils sont tous les trois hommes de plaisir. Mais il y a dans Catulle la fierté indépendante et la vivacité turbulente d'une époque où l'énergie individuelle est sans frein ; c'est le contemporain de Curion, de Cœliua et de tous ces voluptueux aux manières élégantes qui ne craignaient pas, quoi qu'en dise le bon Plutarque, d'exposer leur figure au sabre des Gaulois de César. 11 y a du Romain dans Catulle, il y en a moins dans Horace ; on ne peut tout à fait oublier cet aveu du « bouclier peu honorablement jeté ». Tibulle ressemble non pas h un épicurien grec, mais à un Egyptien de la cour de Cléopâtre. Il aime la paix non, comme Horace et Virgile, par lassitude et

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