‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 227 sur 433 · vers n · texte numérisé non relu

vers n

Nec lamen interdum pudeat tenuisse bidentem.

par haine des guerres civiles, mais parce qu'il ne peut supporter la vue d'une épée. Comme Horace, il mêle souvent Tidée de la mort à l'idée du plaisir; mais chez le premier le plaisir est un passe-temps, la mort une dette à payer; il n'est pas esclave de l'un, il ne tremble pas devant l'autre. Dans TibuUe, la tendresse est toute la vie, la mort est un glaive suspendu sur la tête dont la menace empoisonne le plaisir. Pour la conjurer peut-être, il est ou se fait dévot et superstitieux ; il croit à la magie, il a recours aux sortilèges. C'est que Tibulle appartient déjà tout entier au règne d'Auguste : Horace et Virgile étaient des enfants de Rome libre, élevés pour la vie politique ou du moins dans les idées du citoyen. Tibulle fait partie de cette société nouvelle, désormais étrangère à la vie publique, où, en l'absence de religion, de liberté, d'industrie, les esprits distingués n'ont plus de refuge que dans le loisir des lettres, de la philosophie ou du plaisir. Tibulle avant tout est un homme de plaisir, ou plutôt c'est une âme tendre et molle, qui a besoin d'affections et qui, par bonheur pour nous, avait reçu le don poétique. Tibulle ne songe pas à la composition littéraire ; il y a quelquefois peu de liaison dans ses idées, et l'on a voulu morceler plusieurs de ses élégies, parce qu'il était difficile d'en saisir la suite; mais il exprime ce qu'il sent comme il le sent, avec des expressions douces, simples, naturelles. Son style est franc, bien qu'élégant; homme à belles manières, esprit cultivé, c'est avant tout une âme aimante, un cœur passionné.

Outre la pièce que Tibulle, malade, adressait à Messala, nous avons cité, dans le Recueil de morceaux traduits, l'éloge de la paix *. On y trouve exprimée, avec de longs et poétiques développements, cette

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