‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 239 sur 433 · Servare polui, perdere an possim rogas · texte numérisé non relu

Servare polui, perdere an possim rogas

l'esprit qui sont le caractère particulier du talent d'Ovide.

Les Héroïdes ou Petites épîtres [Heroides ou Epistulœ) se composent de vingt et un petits poèmes élégiaques. Ce sont des lettres que Fauteur suppose écrites par des héroïnes à une personne aimée, dont l'absence ou quelque autre destin contraire les sépare.

Ainsi Pénélope envoie à Ulysse l'expression de ses craintes et de ses douleurs; Ariane reproche à Thésée sa perfidie ; Phèdre et Didon adressent leurs plaintes à Hippolyte et à Enée, etc. Ce thème piquant et varié, Ovide le développe avec une connaissance profonde des passions et de leurs effets sur les caractères les plus différents ; mais il ne sait pas se mettre à la place de ses personnages et se pénétrer assez de leurs sentiments pour les rendre avec vérité ; jamais il ne sera ni Médée, ni Phèdre, ni Didon, jamais les affections douces et tendres de Briséis et de Pénélope ne trouveront en lui un digne interprète. Il faut renoncer à lui demander l'illusion et la couleur, mérites éminents d'Homère et de Virgile, et se contenter d'une analyse exacte et fine de la passion, c'est-à-dire de la vérité morte. Le style des Héroïdes est riche et varié, quoique le ton de la gaieté et de la joie convienne mieux à Ovide que celui de la plainte. Parmi ces élégies, quelques-unes n'appartiennent pas à Ovide; ainsi la lettre à Sapho ne peut être antérieure à l'époque de Lucain et de Juvénal.

VArt d'aimer [Ars amatoria, ou De arte amandi), poème en trois livres, qui fut le prétexte de l'exil d'Ovide, parut probablement en l'an 2 av. J.-G. Les deux premiers livres s'adressent aux hommes, le troisième aux femmes. L'esprit, l'art et l'élégance du style servent de sauf-conduit au poète, qui va souvent dans ses tableaux jusqu'à la dernière indécence. L'abus de

Térudition, de perpétuels souvenirs mythologiques nuisent à Tintérêt de cette lecture.

Les Remèdes de l'amour [Remédia amoris), en un livre, sont la contre-partie du précédent ouvrage. Ce poème a les mêmes qualités et les mêmes défauts, mais il se prolonge de façon à devenir monotone et fatigant.

Il nous reste aussi un fragment d'un autre poème didactique, Medicamina faciei (Art de remédier aux altérations du visage). On y trouve d'heureux détails sur les moyens que les femmes emploient pour combattre les outrages du temps.

Les Métamorphoses. — A l'époque où vivait Ovide, dans ces premiers temps de la décadence latine où la langue était belle encore^où l'imagination n'était pas épuisée, mais où le sentiment du sublime s'affaiblissait rapidement, où l'on comprenait peu la poésie du cœur, nul sujet ne convenait mieux à la société comme au poète que celui des Métamorphoses, La facilité, la finesse, l'élégance, la richesse, toutes les qualités d'Ovide pouvaient s'y déployer à leur aise ; sa muse enjouée et badine trouvait presque toujours dans ces aventures quelques-uns de ces détails piquants, de ces analyses de sentiments où il excelle. Les descriptions y abondent, et, s'il y a monotonie dans les dénouements, le peintre rencontrait du moins une grande variété dans les circonstances. D'ailleurs Ovide avait des modèles : les poètes d'Alexandrie, si souvent imités par les écrivains du siècle d'Auguste, avaient chanté ces aventures.

Les Métamorphoses sont divisées en quinze livres et contiennent deux cent quarante-six fables. Quand Ovide, à la nouvelle de sa disgrâce et dans le premier emportement de son désespoir, livra aux flammes cet ouvrage récemment achevé, quelques copies s'en étaient déjà répandues. 11 l'apprit plus tard avec plaisir,

et il semble qu'il ait revu le poème pendant son exil. Le poète commence par les métamorphoses mêmes de l'univers : c'est le chaos, qui devient le système du monde, c'est la naissance des êtres animés et de l'homme, « cet être plus auguste et doué d'une raison plus haute, dont la tête regarde le ciel ». Les quatre âges, le déluge, la naissance de générations nouvelles sorties des pierres de Deucalion et Pyrrha, forment une suite de tableaux variés et piquants. Après avoir exposé ainsi les origines du monde, Ovide rassemble tout ce que les anciens mythes et même les récits de Pythagore lui offraient de métamorphoses. Les plus célèbres de ces récits sont les épisodes de Philémon et Baucis S de Céyx et Alcyone *, d'Ajax et Ulysse *, d'Hécube. Là où la comparaison avec Virgile est possible, comme dans les épisodes de Protée, d'Orphée et d'Eurydice, Ovide est de beaucoup inférieur; son badinage spirituel ne saurait lutter avec la sensibilité pénétrante du grand poète *. Les derniers livres contiennent l'origine du peuple romain, l'établissement d'Enée en Italie, l'histoire de Romulus et de Numa, l'arrivée à Rome d'Esculape, qui, sous la forme d'un serpent, vient délivrer les Romains de la peste. L'ouvrage se termine par l'apothéose de Jules César et d'Auguste.

Ovide ne s'est pas borné à un catalogue ou même à un simple récit de ces transformations. Pour chacune d'elleSj il remonte aux causes qui l'ont amenée, développe les événements qui en ont été l'occasion, et fait ainsi passer sous nos yeux une multitude dépassions,

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