‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 241 sur 433 · Tristes, II · texte numérisé non relu

Tristes, II

Sex ego Fastorum scripsi tolidemque libelles, Cumque suo finem mense volumen habet,

Idque tuo nuper scriptum sub nomine, Cœsar, Et tibi sacratum sors mea rupit opus.

celui qu'il dédia à Auguste était écrit dans la langue des Gètes.

Ah! j'en rougis, écrit-il *, j*ai écrit même un ouvrage en langue gétique, et j'ai plié à notre rythme les mots barbares. J'ai plu, félicite-moi, et voici que les Gètes barbares me donnent le nom de poète. Tu demandes le sujet de ces vers? C'était l'éloge de César...

Les Irisles, recueil de cinquante élégies, qui forment cinq livres, sont consacrées, comme l'indique leur nom, à Texpression de la douleur du poète et à la peinture des maux de son exil. Elles furent écrites en route même sur le vaisseau qui l'emportait loin de l'Italie, ou chez ces peuples qui l'appelaient barbare, parce qu'ils ne pouvaient le comprendre *. Il y décrit d'une manière pathétique et vraie la nuit de son départ ^, les larmes et les adieux de sa femme, de ses esclaves, de ses amis, naguère nombreux, aujourd'hui réduits à deux :

Qui modo de multis unus et alter erant.

Il semble que le malheur ait élevé l'âme d'Ovide ; à peine trouverait-on dans cette élégie quelques traces d'affectation. Les autres sont moins belles. Sans doute la situation d'Ovide est touchante : on ne voit pas sans émotion cette vie toute littéraire détruite par l'exil dans un pays barbare, ce poète dont le désespoir alla jusqu'à brûler ses Métamorphoses, et qui cependant partout, en voyage, au milieu des tempêtes, au fond de la solitude, ne cesse d'écrire des vers, cet homme

i. Epîtres du Pont, IV, 13, vers 19 et suivants.

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