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POÈTES DIDACTIQUES

La poésie descriptive et didactique abonde à l'époque d'Auguste. Rien ne convenait mieux à une société frivole, élégante, qui se désintéresse de plus en plus des grandes questions politiques, et qui d'ailleurs n'aurait pu débattre impunément ces graves intérêts, réservés aux délibérations du prince et de ses ministres. Rien aussi ne se prêtait davantage à ces lectures publiques, dont la mode se développe de jour en jour, et dont l'influence sur la littérature de cet âge et des âges suivants a été si sensible et, en général, si funeste. Une partie des ouvrages d'Ovide appartient à la poésie didactique, et elle serait longue la liste des beaux esprits de ce temps qui, s'inspirant du maître et, comme tous les imitateurs, reproduisant ses défauts plutôt que ses qualités, ont charmé les loisirs des cercles par des pièces piquantes sur le jeu de balle, sur la natation, sur l'art de conserver au visage le teint brillant de la jeunesse, sur les règles de l'hospitalité et de la table. Ovide s'est moqué lui-même de ces puérilités précieuses, dont il a donné quelquefois l'exemple *. Nous n'aurons garde d'énumérer ici toutes ces pièces; nous nous arrêterons à quelques noms plus considérables, à quelques œuvres moins dignes

ï. Tristes, II, 485.

de l'oubli. Mais notre rapide appréciation nous permettra d'y retrouver encore l'empreinte du temps, et les défauts qui ont fait peut-être leur succès et qui nuisent aujourd'hui à leur réputation.

Hanilius. — Le plus remarquable de ces poètes didactiques est certainement l'auteur d'un poème en cinq livres intitulé les Astronomiques, On est convenu de l'appeler M. Manilius, mais rien de ce qui le concerne n'est certain, ni son nom, ni son pays, ni l'époque où il a vécu. Aucun écrivain romain ne le mentionne. D'après les manuscrits, on hésite entre MalHuSj Manlius et Manilius. Quant à sa naissance, on peut conclure de son ouvrage qu'il avait le titre de citoyen romain, mais qu'il était originaire de rÉgypte ou de l'Asie, dont il a une connaissance très précise. Il est probable aussi qu'il a vécu sous Auguste; les trois premiers livres de son poème sont postérieurs au désastre de Varus, le cinquième, qui a été peut-être écrit dans les premiers temps du principat de Tibère, est inachevé.

Le premier livre traite de l^rigine du monde, et passe en revue la terre, les signes du zodiaque, les autres constellations, la voie lactée, les planètes, les comètes, les météores. A partir du second livre, l'objet du poète est surtout l'astrologie, c'est-à-dire les rapports prétendus qui existent entre les corps célestes et les choses de la terre, et l'influence de chaque signe sur le caractère des hommes, sur leur conduite et sur les événements de leur vie. Ses connaissances en astronomie sont médiocres; il semble qu'il a suivi de près Varron, mais il a puisé aussi chez les astronomes grecs, Eudoxe, Hipparque, et il emprunte souvent leurs théories sans les comprendre et sans les mettre d'accord. Aussi les confusions, les erreurs, les contradictions abondent chez lui, et il est facile de

voir qu'il n'est versé ni dans l'astronomie ni dans l'astrologie.

Y a-t-il plus d'unité, plus de cohérence, plus d'exactitude dans ses doctrines philosophiques? S'il n'est pas un savant, est-il possible de voir en lui, comme on l'a fait, le docteur et le poète du Portique? Chez lui, certains développements moraux semblent inspirés par Zenon, et l'astrologie, en effet, s'accorde souvent avec les doctrines stoïciennes; mais elle s'en sépare aussi, en ce qu'elle soumet la vertu elle-même au destin, et qu'elle attribue à l'influence des astres les vertus et les vices, la sagesse et la folie. Dans plus d'un passage de son poème, Manilius est donc en contradiction complète avec le stoïcisme ; il se rapproche d'Épicure et de Lucrèce, de même que certaines pages le feraient juger disciple de Pythagore, d'Aristote ou de Platon. On a le droit de conclure, avec M. Lanson, qui a étudié à fond le poème *, que Manilius n'est pas plus un stoïcien et un philosophe qu'il n'est un savant; il ne s'est attaché à aucun système, il a pris partout, sans se soucier de la contradiction entre les doctrines dont il emprunte successivement les principes; il a cherché dans chacune un texte à beaux développements, à tirades brillantes et poétiques.

En effet la conclusion- qui naît d'une étude attentive des Astronomiques, c'est que Manilius a été avant tout un rhéteur, attiré à son sujet, il le proclame *, par la nouveauté même et par la difficulté de l'entreprise. Il se soucie peu du fond des choses, mais il a recours à tout l'arsenal de la rhétorique pour donner à son

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