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niSTOlRE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE 475
plutôt qu'il ne s'appuie sur son autorité, Calpurnius Pison, Claudius Quadrigarius,Cœlius Antipater, Caton TAncien. Arrivé à la seconde guerre punique , sa marche est plus sûre , car il rencontre l'exact et savant Polybe , qu'il a suivi souvent de très près. Il trouve en même temps d'autres sources de certitude dans les écrits des historiens latins, dont l'autorité est ici plus grande, puisqu'ils étaient contemporains des événements. Son histoire des premiers siècles de Rome ne repose pas, aux yeux de la science, sur des bases aussi solides.
Les préférences littéraires, qui ont éloigné Tite- Live des recherches difficiles et patientes de l'érudit, expliquent encore certaines lacunes qu'on a signalées dans son Histoire, l'absence de toute description géographique, de tout renseignement sur le climat, le sol, les institutions des peuples. Sous ce rapport, Hérodote , Thucydide , Polybe satisfont bien plus complètement la curiosité du lecteur. Polybe, homme de guerre et homme d'État, nous fait aussi beaucoup mieux comprendre la marche des armées, les opérations militaires, les batailles, de même qu'il a plus approfondi la constitution romaine. Tite-Live, occupé avant tout de ce qui est action et drame, laisse volontiers dans l'ombre tout le détail des institutions civiles et religieuses ; cette partie de l'histoire ne paraît chez lui que lorsqu'elle se rattache aux mouvements politiques et aux scènes animées du forum. Mais, dans le plan d'un travail qui s'étendait à l'existence entière du peuple romain, il ne pouvait tout embrasser; il a eu le droit de faire un choix, de rejeter ce qui ne rentrait pas directement dans son sujet. Au lieu de lui reprocher ce qu'il n'a pas dit, il est plus juste d'étudier et d'admirer les grandes qualités qui font de son œuvre un des monuments les plus majestueux du génie antique, un des plus nobles efforts de l'esprit humain.
Appréciation de Tite-Live. — Quintilien avait déjà dignement apprécié les mérites supérieurs de Tite- Live dans le jugement qu'il a porté sur le grand historien * :
Hérodote, dit-il, ne saurait s'indigner qu'on lui égale Tite-Live, écrivain merveilleux par l'intérêt de ses récits, par Texquise clarté de son style, et par l'inexprimable éloquence de ses discours : tout y est parfaitement approprié aux circonstances et aux personnes. Quant aux passions, et surtout les passions douces et touchantes, le moins que je puisse dire, c'est que nul historien n'a su mieux les développer. Aussi a-t-il balancé par des qualités d'un autre genre l'immortelle rapidité de Salluste.
Il y a, ce nous semble, peu de ressemblance entre Hérodote, conteur naïf et plein d'abandon, qui marche à l'aventure et se détourne volontiers de son sujet pour décrire le pays, les mœurs, la religion, les antiquités des peuples qu'il rencontre , et Tite- Live, écrivain consommé, plein d'art et de richesse, historien régulier, qui suit les événements année par année et s'y renferme rigoureusement. Mais Quintilien a bien saisi les principaux traits du génie de son compatriote, lorsqu'il insiste sur l'intérêt puissant de ses récits, sur l'éloquence de ses discours, et lorsqu'il signale chez lui cet art de faire parler les passions, qui donne à son histoire un caractère si dramatique.
Les narrations. — Nul n'a possédé plus que Tite- Live le talent de raconter, nul ne sait mieux tirer parti d'une situation pour nous attacher et nous émouvoir. Il pénètre dans l'âme des personnages qu'il met en scène; il y saisit leurs impressions et leurs sentiments, et les reproduit avec une vérité si