‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 265 sur 433 · Sat, I, VII · texte numérisé non relu

Sat, I, VII

les jeux de mots *. Voici comment ce genre était caractérisé au plus fort de sa vogue par un écrivain contemporain de Néron, Pétrone :

Il faut bien que quelque Furie tourmente ces déclamateurs qui crient : « Voici les blessures que j'ai refpt^^ pour la défense des libertés publiques; voici un ceilf] votre cause m'a coûté. Donnez-moi un guide qui m/ »^duise vers mes enfants; mes jarrets coupés ne me ^soutiennent plus. » Ces amplilîcations seraient encore supportables, si elles frayaient la route à ceux qui cherchent Téloquence. Mais avec l'enflure de leurs pensées, avec le vain cliquetis de leurs phrases, ils aboutissent à ce beau résultat que leurs élèves, quand ils débutent au barreau, se croient transportés dans un autre monde. Les jeunes gens, à mon sens, deviennent ineptes dans ces écoles ; c'est qu'ils n'entendent et ne voient rien des choses de la vie, mais des pirates embusqués sur la grève avec des chaînes, des tyrans promulguant des édits qui ordonnent aux fils de couper la tête à leurs pères... Toutes les périodes sont des bonbons au miel, tout, paroles et faits, est saupoudré de pavot et de sésame. Ceux qui vivent d'un tel régime ne j>euvent pas plus être délicats que des marmitons rapporter de la cuisine une bonne odeur. Maitres, permettez-moi de vous le dire, c'est vous les premiers qui avez tué l'éloquence. Avec vos jolies phrases qui sonnent creux, vous avez introduit de misérables jeux de charlatans; mais le corps même de l'éloquence a perdu la vigueur et la vie... La grande éloquence, l'éloquence, en quelque sorte, pudique, n'a ni habits bariolés ni étoffes voyantes; sa seule parure est sa beauté naturelle. Cette loquacité bouffie et monstrueuse, comme un astre malfaisant, a flétri les jeunes esprits qui s'ouvraient aux grandes choses.

Les écrivains contemporains de Pétrone , Sénèque le père, Sénèque le flls, Quintilien, l'auteur du traité sur ks Causes de la corruption de Véloquence^ s'ex-

!• Voir Quintilien, InstitutioriAyratoire, liv. VII, chap. ii.

primeut de même, quoiqu'ils ne rejettent pas iVijustement, comme Pétrone, toute la faute sur les rhéteurs. Dans une lettre souvent citée S Sénèque le philosophe analyse avec finesse tous les éléments de cette décadence prétentieuse, à laquelle ses ouvrages, avec leurs défauts séduisants ', n'ont pas médiocrement contribué.

On distinguait deux espèces de Déclamations^ les Exhortations ou Suasorix et les Controverses, Les Exhortations consistaient en consultations oratoires sur certains aphorismes de philosophie ou de morale, sur des événements de l'histoire ancienne, sur des questions relatives à la vie civile. Le maître, après les avoir corrigées, les faisait apprendre et réciter par ses élèves, soit dans les séances solennelles de l'école, soit dans les lectures publiques. Les ContrO' verses se rapportaient en général au genre judiciaire. Comme elles demandaient plus de connaissances et plus d'habileté que les £xko7*tations , on les réservait aux élèves plus exercés et plus mûrs. On partageait encore les déclamations en tractatœ^ dont le plan était donné aux jeunes gens, et en coloratœ, dont le sujet seul était indiqué. Pour apprécier ces exercices oratoires, nous possédons le recueil de Sénèque le Père, et un autre bien inférieur qu'on a, sans aucune vraisemblance, attribué à Quintilien. En parlant de Sénèque nous donnerons une idée rapide de ces compositions.

Sénèque le Rhéteur. — Marcus Annœus Seneca, qu'on appelle Sénèque le Rhéteur ou le Père, pour le distinguer du célèbre philosophe, naquit à Cordoue, vers 58 avant J.C., d'une famille mélangée de sang

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