‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 266 sur 433 · A Luciliusy CXIV · texte numérisé non relu

A Luciliusy CXIV

2. Quintilien, X, 2, 431. Portrait de Sénèque : Corrupta plei^aque atque eo perniciosissima quod ahundant dulcibus vitiis.

romain et de sang étranger. Cordoue, ville riche et savante, était la première colonie romaine établie en Espagne. Selon Strabon, elle fut habitée dès le principe par une population d'élite ; dans les inscriptions et les médailles, elle prend le nom de colonie patricienne. Elle avait, dès le temps de Sylla, des poètes, dont Cicéron raille dans son plaidoyer pour Archias la latinité barbare et ampoulée, mais dont Texisfence atteste cependant le goût des lettres romaines.

Sénèque vint à Rome, à quinze ans, dans les premières années du règne d'Auguste. Il ouvrit une école de rhétorique, qui devint bientôt célèbre par les qualités et les défauts brillants du maître et aussi par le mérite des élèves qu'il forma. Sa mémoire était prodigieuse; il nous dit, dans la préface du premier livre de ses Déclamations, qu'il pouvait répéter dans leur ordre deux mille mots prononcés une seule fois devant lui. C'est grâce à cette mémoire qu'il a pu, dit-il, former le recueil que nous possédons et dans lequel il a reproduit, au moins dans leurs parties les plus brillantes, les déclamations de ses disciples. Sénèque avait le titre de chevalier romain; sa fortune, due peut-être à la vogue de son enseignement, était considérable. Helvia, sa femme, dont le caractère et l'esprit contribuèrent à former le talent de ses enfants, lui donna trois fils; l'aîné, M. Annaeus Novatus, adopté plus tard par Junius Gallion, prit, selon la loi romaine, le nom de sa nouvelle famille ; il était proconsul d'Achaïe, lorsque saint Paul fut traîné par les Juifs à son tribunal *. Il se déclara incompétent et refusa de le juger. Le second, L. Annaeus Seneca, est le fameux écrivain dont nous aurons à raconter Thistoire et à étudier les œuvres. Le troisième, L. Annaeus Mêla, vécut dans la vie privée, ce

i. Actes des apôtres, ch. xvm, 12-17.

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dont le félicitait le vieux rhéteur. Il eut pour fils le poète Lucain, qui paya cher sa grande réputation.

Les Controversi». — C'est pour les études de ses enfants que Sénèque recueillit les souvenirs de son enseignement et qu'il les rassembla eo onze livres, dix pour les Controverses, un pour les Exhortations ou Conseils (Suasoriœ), Cet ouvrage ne nous est pas arrivé complet ; les quatre derniers livres des Controverses sont bien mutilés, et il y a des lacunes dans les autres. Chaque livre était précédé d'une préface, très intéressante par les détails qu'elle renfermait sur le caractère, le talent et la vie des principaux déclamateurs, et par les anecdotes littéraires dont Sénèque l'avait semée. Chaque préface est consacrée plus spécialement à tel ou tel de ces rhéteurs. Celle du livre premier, après un tableau brillant de la décadence et de ses causes, trace avec beaucoup de verve et d'esprit le portrait d'un des plus fameux rhéteurs du temps, compatriote et ami de Sénèque, Porcins Latro. La préface du second livre est consacrée à Fabianus, déclamateur aimable, que son caractère portait au pathétique plutôt qu'à l'invective. Nous avons donné en partie, dans notre Recueil de morceaux traduits, une piquante anecdote du troisième livre, qui nous fait rire un peu aux dépens du rhéteur Albutius *. Un des portraits les plus frappants est celui de ce Labiénus, déclamateur et historien, dont nous avons raconté déjà la triste aventure; notre Recueil^ donne aussi ce curieux morceau.

Après ces préfaces, que nous n'avons pas toutes, l'auteur a réuni dans chaque livre huit à dix de ces sujets de déclamation qui se traitaient dans toutes

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