‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 267 sur 433 · Page · texte numérisé non relu

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les écoles. Ils sont en général très bizarres, et il n'est pas toujours facile de les citer. Nous traduirons celui qui commence le livre premier et qui est encore un des moins étranges :

Deux frères étaient brouillés; l'un d'eux avait un fils. Son oncle tombe dans la misère. Le jeune homme le nourrit, malgré son père; déshérité, il est adopté par son oncle. Celui-ci fait un héritage et devient riche. Le père, à son tour, tombe dans le besoin. Malgré l'oncle, le jeune homme le nourrit. Il est déshérité.

A la suite de cet argument, Sénèque cite d'abord les principaux passages des déclamations prononcées dans l'intérêt de l'une des parties, ensuite les principaux traits des plaidoyers contraires; après quoi, il donne ce qu'il y a de plus remarquable dans la manière dont chacun a posé la question légale et divisé le sujet (divisio), puis la couleur qu'il a donnée à son plaidoyer, c'est-à-dire ordinairement les sentiments qu'il prête à son client pour expliquer sa conduite {color). Ainsi, dans le sujet que nous venons de reproduire, la première partie (pour le jeune homme) contient des citations de Porcins Latron, de Junius GaUion, d'Arellius Fuscus, de Pompeius Silon, d'AIbutius, de Silius et de sept autres moins connus. La seconde partie {pars altéra) est beaucoup moins riche : Sénèque ne cite que trois fragments de discours, œuvres de Vallius Syriacus, de Vibius Furius et de Marillius. Il arrive à la division [divisio), et indique successivement les plans adoptés par Latron, Gallion, Arellius Fuscus et Cestius. Même méthode pour la couleur [color). Ici les citations abondent, nous en comptons jusqu'à dix-huit; c'est un recueil de tous les traits les plus saillants que Sénèque avait remarqués dans les plaidoyers prononcés pour ou contre le jeune homme. Voilà quelle a été l'école des grands

écrivains que nous rencontrerons dans l'âge suivant, et à quelle source ils ont puisé ces brillants défauts que plusieurs d'entre eux ont signalés chez les déclamateurs, sans pouvoir se soustraire eux-mêmes à cette influence.

Pour faire mieux comprendre le ton habituel de ces plaidoyers fictifs et tout ce que les déclamateurs y dépensaient d'esprit, de traits piquants, de mouvements pathétiques, de figures de toute sorte, nous allons citer quelques passages d'une des controverses les plus raisonnables et se rapprochant le plus de la réalité *. Il s'agit d'un entrepreneur de mendicité. L'industrie florissaitàRome.Elle prospérait àParis au temps de la Fronde; c'est contre elle que notre grand St Vincent de Paul créait son admirable institution des Enfants trouvés. A-t-elle disparu même aujourd'hui?

Voici le thème proposé aux concurrents : Un homme mutilait les enfants exposés, et ainsi mutilés les forçait à mendier et à lui apporter leur gain. On l'accuse de dommage envers l'État.

Sénèque donne d'abord quelques phrases de Porcins Latron :

Appréciez, juges» le crime de cet homme qui réduit les pères outragés ou à ne pas reconnaître leurs enfants ou à ne pas les recueillir... Tu mendierais si tu n'avais pas fait tant de mendiants. Il a fait, ce misérable, que, par un étrange renversement, le comble de la rnisère pour les enfants exposés est d'être recueillis, pour les parents, de les retrouver.

Cassius Sévérus avait imaginé ce tableau pathétique :

Voyons, produis devant nous tes cadavres vivants, ta famille sautillante d'estropiés, d'aveugles, de manchots, d'affamés; montre-nous tes élèves. Oui, je suis curieux de

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