Epit
(19 après J.-C), le sénat, à l'instigation de Tibère, sévissait par un édit contre les Juifs et contre toutes les sectes égyptiennes et asiatiques qui faisaient à Rome et dans l'Italie tant de prosélytes. L'austérité du jeune Sénèque avait donc quelque danger; on pouvait le confondre avec les sectaires. Son père s'arma de cette crainte pour le détourner de pratiques suspectes. C'était d'ailleurs assez de la fréquentation des philosophes pour exciter les défiances du pouvoir. Sous tous les successeurs d'Auguste, nous voyons les philosophes surveillés, malmenés, quelquefois persécutés, jusqu'au moment où Domitien ferma leurs écoles et les chassa de Rome.
Sénèque eut encore pour maîtres plusieurs stoïciens dont il aime à parler dans ses traités et dans ses lettres h Lucilius, et dont il cite même quelques beaux fragments. C'est Attale, philosophe éloquent, qui comptait aussi parmi les rhéteurs et qui avait retenu de l'habitude des déclamations un peu de subtilité et de clinquant. Sénèque cite de lui cette belle pensée : La méchanceté boit la plus grande partie du venin qu'elle distille *. C'est Papirius Fabianus, qui, lui aussi, enseigna la rhétorique avant d'être philosophe. Sénèque, dans une de ses lettres, analyse très finement la manière et le style de Fabianus ^ C'est surtout Démétrius, philosophe cynique, célèbre par son austérité un peu farouche, couchant non pas dans un tonneau, comme Diogène, mais sur la terre, professant par ses exemples comme par ses leçons la science de la misère '. C'est lui qui répondait à Néron :
1. Malitia ipsa maximam partem veneni $ui bihit, (EpU., LXXXI, 21.)