Ann,, XIV
BISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ROBÏAINE 52o
breux ouvrages,, c'est le stoïcisme. A une époque de dégradation et de terreur, les esprits généreux devaient se rattacher à cette doctrine énergique, la seule qui leur offrît un appui contre les menaces du pouvoir, un refuge contre l'invasion progressive du vice. Mais Sénèque, avec sa sensibilité, son imagination brillante, le tour vif et piquant de son esprit, les tendres affections qui le tiraient au dehors, ne pouvait faire un stoïcien parfait. Ses habitudes de jeunesse, rinfluence des écoles de déclamation étaient aussi en opposition ovec la roideur des idées stoïciennes. Delà naissent chez lui des contradictions fréquentes; de là aussi une exagération, une enflure due peut-être aux déclamations, mais qui est aussi chez l'écrivain la marque infaillible de l'impuissance à égaler les idées qu'il développe. Au reste, il déclare lui-même qu'il ne s'est point donné de maître, qu'il ne s'est engagé sous aucun drapeau *. Il se représente comme un homme qui ne possède pas encore la vérité, mais qui la cherche avec curiosité et modestie.
Il dislingue trois sortes de philosophie * : la philosophie naturelle, qui étudie le monde physique; la philosophie rationnelle^ qui s'occupe de la signification des mots, de la construction des phrases, de l'argumentation, du vrai et du faux, et la philosophie morale^ dont l'âme est le sujet. C'est pour la dernière qu'il réserve toutes ses forces, toute son attention ; la métaphysique, pour lui (et c'était déjà la tendance des stoïciens), n'a qu'une importance secondaire : toutes ces questions, il ne les interdit pas à son ami Lucilius, mais il ne veut pas qu'il s'y arrête ^. Qu'est-ce que le bien et le mal? Que sont les dieux, quelle est leur