‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 280 sur 433 · Ibid, 7. Voir Morceaux traduits, pages · texte numérisé non relu

Ibid, 7. Voir Morceaux traduits, pages

Rapports avec les chrétiens. — Tous ces généreux préceptes d'humanité, de fraternité, de charité entre les hommes, ont fait croire que Sénèque a été chrétien ; on a même quelquefois compté parmi ses ouvrages une correspondance entre lui et l'apôtre saint Paul, qui se compose de quatorze lettres. Sénèque a pu voir saint Paul et converser avec lui; car c'est Gallion, son frère, qui a envoyé Tapôtre à Rome, et c'est à Rurrhus que fut remise la garde du prisonnier. Mais cette correspondance n'offre aucun caractère d'authenticité; pour le fond tout y est calculé et factice, et le style n'a ni les qualités ni les défauts brillants de celui du philosophe. Que si, sans avoir correspondu avec saint Paul, Sénèque eût été chrétien, peut-être à la cour de Néron la prudence lui eût-elle commandé de le cacher ; mais il l'eût déclaré en mourant et nous le saurions par Tacite. Si l'on trouve dans les écrits du philosophe beaucoup d'idées et de préceptes tout chrétiens, il est facile de l'expliquer : d'abord ces vérités avaient été déjà en partie atteintes par la sagesse profane; puis le christianisme, qui est venu les développer, les populariser, les porter de la spéculation dans la pratique, a dû par une influence irrésistible les répandre jusqu'au sein des écoles païennes.

Théories littéraires. — Style. — Les théories de Sénèque sur la littérature et sur les arts sont souvent étroites dans leur extrême sévérité : pour lui le seul but de la vie, c'est l'amélioration des hommes ; quand le littérateur ne poursuit pas cet objet, son travail est inutile. Il repousse donc les études minutieuses du grammairien-; il condamne le statuaire et le peintre, sans comprendre l'éloquence d'un beau tableau, d'une belle statue, et la bienfaisante impression qu'ils font souvent sur l'esprit et sur le cœur. Il parle fort dédaigneusement des sciences; les poètes mêmes ne

trouvent grâce devant lui que s'ils ont cherché directement la leçon morale*. Tel est le caractère des tragédies qui portent son nom, et c'est là un des arguments qui permettent de les lui attribuer : c'est du stoïcisme "en action. Mais, en dépit de cette austérité philosophique^ que de puérilités et d'affectation dans les ouvrages de Sénèque! L'auteur vit dans un siècle d'imitation, de recherche, de prétention à l'originalité, de mépris pour les règles de la langue : son style travaillé, tourmenté, composé d'une suite de petites phrases coupées, de sentences à effet, fatigue bien vite. Quelques pages allèchent l'esprit, piquent l'attention ; la lecture de tout un traité donne le vertige. L'auteur commence toujours par donner h sa pensée l'expression la plus juste, la plus naturelle, la plus énergique : les redoublements et les jeux d'esprit viennent ensuite la gâter et l'affaiblir. Ces défauts de style, il les a signalés lui-même avec finesse dans plusieurs passages de ses lettres * ; nul n'a plus contribué par son talent à les populariser; après lui, ils ont fait école. Le jugement de Quintilien ^ atteste cette vogue dont il indique et combat les dangers.

Les modernes ont beaucoup étudié et imité Sénèque :

Mon livre, disait Montaigne, est maçonné des dépouilles de Sénèque et de Plutarque.

Mais il savait choisir dans ce qu'il empruntait, et il préférait au moraliste romain, « plein de pointes et de saillies », le moraliste grec, « plein de choses ». Tous nos grands prédicateurs, tous nos grands moralistes, sont pleins de la lecture et des idées de Sénèque ; il a marqué aussi de son empreinte beaucoup de nos

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