Ch. Gxvin
La mort de Cicéron était un de ces thèmes sur lesquels aimait à s'exercer l'éloquence des déclamateurs. Nous avons traduit les beaux vers de Cornélius Sévérus. Velleius, on le devine, a saisi avec empressement cette occasion de donner carrière à son éloquence, et d'accabler Antoine de ses apostrophes, où d'ailleurs plus d'un trait semble emprunté à Cornélius Sévérus. « L'indignation qui s'échappe de son cœur et de sa poitrine le force, dit-il, à sortir encore ici des bornes prescrites à son ouvrage », et, à ses invectives contre le triumvir, se mêle une appréciation enthousiaste de l'éloquence du grand orateur, « qui vit, qui vivra pendant toute la durée des siècles, et dont les œuvres perpétueront avec sa gloire l'infamie de son assassin, voué à l'exécration de l'univers * » .
Notre analyse incomplète et nos citations nous permettent de conclure qu'il ne faut pas chercher dans l'œuvre de Velleius une véritable composition historique. Dans le cadre d'un abrégé il a fait entrer sans cesse des tableaux, des portraits, dès parallèles, des appréciations littéraires, des dissertations ou plutôt des déclamations de philosophe et de moraliste. Rien de plus disproportionné que ce livre, œuvre évidente d'un rhéteur, curieux avant tout de briller et d'être applaudi. Le style, comme le fond, a bien le caractère du temps : quelle accumulation de toutes les figures de la rhétorique ! que de métaphores, que d'antithèses subtiles, que d'exclamations, que d'apostrophes! quelles combinaisons de mots prétentieux, que d'expressions poétiques, quelle coquetterie de langage et de tournures, quelle recherche des traits et de la pointe I Velleius est excusable, il subit l'influence du siècle, et la mode est à la déclamation et au stoïcisme. Les écrivains que nous allons rencontrer, prosateurs