‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 298 sur 433 · Ch. Lxvi · texte numérisé non relu

Ch. Lxvi

' et poètes, seront, comme lui, déclamateurs et stoïciens.

Il n'aura même pas le privilège de la bassesse et de

Tadulation. Sénèque, l'auteur de la Consolation à Po- . lybe, n'y avait pas échappé ;nous verrons que Valère

Maxime, Quinte-Curce, Lucain, n'y ont pas échappé

davantage.

Valère Maxime. — Valerius Maximus, dont une i vieille habitude française a défiguré le nom, appartenait sans doute à la grande famille des Valerius. Son léducation fut certainement celle du temps; l'influence des écoles de rhétorique et de philosophie est manifeste dans son ouvrage. Il suivit, dans une expédition en Asier, Sextus Pompée, un des confidents de Tibère, vers 17 après J.-G. On suppose, sans raison positive, j qu'il ne revint à Rome qu'après la mort de Séjan. Son livre, dédié à l'empereur, est du moins postérieur à la disgrâce du fameux ministre, qu'il déchire avec une lâcheté vraiment odieuse. Valère Maxime flatte avec bien moins de retenue encore que Velleius. Plein d'une indignation officielle pour tous ceux que la tyrannie impériale a proscrits, il pousse la bassesse et l'adulation au delà de ce que peut excuser la nécessité. Pour s'en convaincre, il suffît d'ouvrir son livre. Velleius terminait ses Histoires par une prière pour la conservation des jours -de Tibère ; Valère Maxime, « à l'exemple, dit-il, des anciens poètes qui commençaient toujours par Jupiter, invoque dès le début Tibère, comme la divinité qui doit guider sa plume » :

C'est toi, César, à qui la volonté unanime des hommes et des dieux a donné l'empire de la mer et de la terre, ^'est toi, le salut assuré de la patrie, dont j'invoque l'appui pour mon entreprise, toi dont la providence céleste protège avec bonté les vertus que je vais raconter, et punit |.vec sévérité les vices que je vais décrire. Si les orateurs anciens commençaient justement par Jupiter très bon, très

grand, si les plus excellents poètes ont toujours débuté par l'invocation d'un dieu, mon humilité est d'autant plus admise à recourir à ta bienveillance que les autres divinités se fondent sur la croyance, et que nos yeux voient la tienne présente et égale à l'astre éclatant de ton père et de ton aïeul.

Cette divinisation de Tibère pendant sa vie est une des flatteries qui devaient le plus exciter son dégoût, et qui expliquent cette parole célèbre :

0 ces hommes qui se ruent dans la servitude ! 0 hominés promptos ad ser^vitutem !

Mais Valère Maxime ne se contente pas de cette emphatique invocation. Sans cesse, à tout propos, il flatte, soit par de lâches invectives contre les ennemis de César, Brutus et Cassius, que Velleius lui-même a respectés, soit par la profusion de ses éloges aussi maladroits que mensongers pour la famille impériale, dont il célèbre impudemment tous les membres, sans qu'aucune circonstance, aucun souvenir militaire puisse excuser sa bassesse, comme celle de Velleius, Tancien lieutenant de Tibère. I

Voici le titre de l'ouvrage : Neuf livres de faits et de mots mémorables dédiés à Tibère César Auguste *. ■ C'est moins un livre d'histoire qu'une sorte de morale en action, ou plutôt encore une collection d'exemples composés à l'usage des écoles des rhéteurs. Sans doute les Livres d'exemples de Cornélius Népos, plusieurs fois nommés chez les anciens, avaient le même caractère. Il en est de même d'un autre recueil du grammairien Pomponius Rufus [Collectorum liber) , que Valère Maxime cite une fois ^ et auquel il semble avoir fait

1. Factorum et dictonmi memorabilium ad Tibei'ium Cxsarenx Augustum lihri novem.

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