Né à Ulm en 1608, mort à Heideiberg en
les noms des neuf Muses, poète par les narrations, poète par cette figure de la Fatalité partout présente dans son livre, et dont il aime, comme Eschyle, à montrer la main pesant sur les hommes. Thucydide, plus sévère dans sa marche, plus exact, plus homme d'État, se rapproche davantage de notre manière d'entendre l'histoire; cependant l'homme de lettres, le moraliste, paraissent souvent dans ces tableaux pleins d'un sombre coloris et dans les sentences qui remplissent son récit et ses harangues. Salluste, en écrivant l'histoire de son pays, avoue franchement que son but est tout littéraire : « d'autres ont poursuivi la gloire du conquérant, de l'homme politique, il cherche la renommée du grand écrivain ». T. Live, sans doute, en composant ses Décades^ a travaillé pour la grandeur de Rome ; mais, outre que cette pensée nuit quelquefois à son impartialité comme historien, son livre, par l'éclat des scènes et des descriptions, par l'éloquence des discours où les caractères et les passions des personnages sont reproduits avec une vérité si dramatique, par la richesse du style, est un des prin* cipaux monuments des lettres latines. Quant à Tacite, dont nous étudierons bientôt les écrits. Racine l'a nommé avec raison le plus grand peintre de l'anti* quité : il procède toujours par tableaux, peignant les faits, les temps, les hommes, avec une énergie et une profondeur saisissantes; il écrit l'histoire en mora* liste, étudiant ce qu'a été, à chaque époque, la nature humaine chez les gouvernants et les gouvernés, examinant surtout dans les révolutions comment se dessinent les passions et les caractères. Pour trouver un historien tout à fait conforme à la sévérité des idées modernes, il faut prendre César, dont les récits simples et rapides, exacts et sobres, vont droit à leur but, c'est-à-dire à Texplication des combats et des campagnes et, en nous laissant deviner l'habile écrivain,
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nombre avaient écrit des relations générales ou partielles de la conquête ; mais, de même que les rodomontades des soldats macédoniens, revenus en Grèce après l'expédition, fournirent à la comédie moderne des Ménandre et des Philémon un personnage nouveau, bientôt populaire, le soldat fanfaron, de même les absurdes hyperboles, les mensonges et l'emphase des historiens d'Alexandre devinrent célèbres par le ridicule, et, ce qui est plus grave, enveloppèrent cette époque importante de doutes et d'obscurité. C'est en ce sens que les critiques anciens ont parlé des mémoires d'Onésicrite, officier de la flotte d'Alexandre, et de ceux de Clitarque, écrivain enflé, chroniqueur plein d'exagérations et de fables. Or, on en comptait vingt autres, généralement aussi peu croyables. Au milieu de cette multiplicité de témoignages suspects, souvent divers ou contradictoires, la tâche des écrivains postérieurs devint fort embarrassante : les plus judicieux, comme le sage Arrien, n'ont pas toujours échappé à Terreur. Cet écrivain, préparé aux travaux de l'histoire par les fonctions de l'homme d'État et du général comme par les spéculations du philosophe *, nous avertit lui-même qu'il a choisi ses autorités, et qu'il n'a voulu accepter que. les plus graves * ; cependant, quoique son livre soit le guide le plus sûr pour l'étude de l'expédition' d'Alexandre, l'auteur n'est p'as toujours en garde contre le merveilleux, et il a donné prise à la critique. Faut-il s'étonner que I
1. Voir notre Histoire de la littérature grecque, 3^ édit., page 619.
2. Voir sa préface; il a suivi de préférence Arîstobule et Ptolémée, et il explique pourquoi : « Aristobule ne quitta pas le prince durant cette expédition ; Ptolémée fut son compagnon d'armes, et roi, il se fût plus qu'un autre avili par le mensonge ; tous deux enfin n'écrivirent qu'après la mort du conquérant, affranchis de cette contrainte et de cet intérêt qui auraient pu |j leur faire trahir la vérité. » • 1
, niSTOlRE DE LA LITTÉRATURE ROMAI]^
[ Quinte-Curce , esprit beaucoup moins p
I moins sérieux que l'historien grec, dominé
j gination, ait accepté trop souvent, sur la
-f tarquc, des faits évidemment exagérés ou
I et que, séduit par le désir de faire briller
cédant à l'entraînement du sujet et de l'c
. ait raconté, comme il l'avoue lui-même, pli
qu'il nen croyait * ?
Outre ce goût pour le merveilleux et V de ses connaissances en tactique, on a r Quinte-Gurce le vague de sa chronologie, ne précise les années ni les saisons; on à les deviner par quelques détails ou à lei des inductions et des calculs. 11 paraît fort l'astronomie, et il lui arrive par là de d idée complètement fausse de la position e des peuples ; c'est ainsi que les habitants c • misus, pays situé entre le 34^ et le 40® de^ tude nord, semblent, d'après la description rien, voisins du pôle arctique *. Cependa plus loin, la Sogdiane, province au nord c misus, est présentée comme un pays dé^ chaleur ^. Mais les fautes de géographie s( nombreuses. Quinte-Curce connaît mal h TEuphrate et du Tigre, et suppose à tort qi fleuves traversent la Médie. Il n'a que de t notions sur la position du Pont-Kuxin et Caspienne, du Caucase et du Paropamis aussi par les anciens Caucase indien *. ]
1. Liv. IX, ch. I. tt Equidem plura transcribo quan nec affîrmare sustineo de quibus dubilo, nec sul accepi. »
2. Liv. VII, ch. III. « Gelidissimum septenlrioi ' magna parte' spectant. »