‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 31 sur 433 · PhilocUte, V · texte numérisé non relu

PhilocUte, V

2. Heu ! quis saisis fluclibu' mandet Me ex sublimi vertice saxi ?

: Jamjam absumor ; confteit animam Vis volneris, ulceris aestus.

Maintenant je vais vous expliquer le sujet de la tragédie. Pourquoi avez-vous froncé le sourcil? Parce que je vous annonce une tragédie ? Je suis dieu, je la changerai si vous le souhaitez, et je ferai que, de tragédie, elle devienne comédie, sans qu'un seul vers soit changé.

!Au reste, cette froideur pour la tragédie s'explique par une autre raison encore que celle du tempérament et du goût des Romains. Chez les Grecs, la tragédie est un plaisir tout national : ce sont les héros de la Grèce, ce sont les grands événements de son histoire ancienne et contemporaine que les poètes mettent sur la scène ; le sentiment patriotique se joint à rintérêt du drame pour passionner l'auditoire. Mais ces mêmes sujets, transportés sur la scène romaine, supposaient chez les spectateurs certaines connaissances littéraires et historiques ; bien des allusions, bien des souvenirs étaient perdus pour la foule. Les imitations grecques des Pacuvius et des Attius semblaient convenir plutôt à une société délicate, choisie, qu*à un public ignorant et grossier. Faut-il s'étonner qu'elles aient été bientôt délaissées ? Notre tragédie classique du xvii® siècle est aussi, à peu d'exceptions près, une importation de la Grèce et de Rome ; elle pouvait plaire à ceux qui fréquentaient alors le théâtre et qui, en réalité, étaient une élite. Aujourd'hui que le plaisir des représentations scéniques s'adresse à tous, il faut le talent supérieur d'un acteur ou d'une actrice pour que V Horace de Corneille ou VAndromaquede Racine attirent la foule.

Bibliographie : G. Boissier, Le poète Attius : Etude sur la tragédie latine pendant la république, 1857. — FdiUn, Etudes sur la poésie latine, t. II, p. 1-203. — Berger, Hisl. de Véloquence latine, t. I, p. 180 et suiv.

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