‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 32 sur 433 · COMÉDIE · texte numérisé non relu

COMÉDIE

Piaule.

Pour apprécier les poètes tragiques, nous étions réduit aux témoignages des critiques romains et à Texamen de rares fragments qu'il a été quelquefois possible de rapprocher de l'original grec. Le temps, au contraire, qui nous a enlevé les chefs-d'œuvre de la comédie moderne chez les Grecs, nous a.conservé un grand nombre de comédies romaines, souvent empruntées aux poètes d'Athènes. Nous avons vingt pièces de Plaute, le plus populaire des comiques de Rome ; nous avons les six comédies qu'avait composées un autre poète plus élégant, plus délicat, mais plus froid, Térence.

Nous ne reviendrons pas sur les premiers essais de Livius Andronicus, de Naevius et d'Ennius ; les fragments de leurs comédies sont rares et sans valeur. Au contraire, l'œuvre de Plaute, qui fut contemporain d'Ennius, mérite d'être étudiée ; elle a son mérite propre et nos poètes modernes y ont puisé plus d'une inspiration.

Vie de Plante. — T. MacciusPlautus, né à Sassine, en

)Ombrie, vers 254 avant J.-C, mourut en 184, l'année

. même de la censure de Caton. Sa vie est peu connue;

d'après quelques témoignages, il fut acteur et même di-

^recteur de troupe; il est possible en effet qu'il ait joué dans ses propres pièces, à l'exemple du vieil Andronicus. Arrivé à une certaine fortune, il se ruina par des spéculations malheureuses, et fut réduit à tourner la meule chez un meunier boulanger. Dans cette situa-

/ tion terrible, il eut encore le courage de composer

V trois comédies, aujourd'hui perdues. Il les vendit aux édiles qui les firent représenter et put enfin sortir de la misère. Cicéron, dans un de ses dialogues, témoigne

/ par la bouche de Caton que la vieillesse du poète a été heureuse. Il poursuivait encore ses travaux litté-

- >. raires, et jouissait du succès de deux de ses comédies, lie Pseudolus (le Trompeur) et le Truculefitus (le Bourru).

Enumératlon des comédies de Plaute. — On attribuait à Plaute jusqu'à cent trente comédies; mais, au jugement du savant Varron, vingt et une seulement étaient authentiques ; il en donna une édition à part et on les appela varronienties. De ces vingt et une comédies, vingt nous sont parvenues ; à ce que Ton croit, elles sont toutes varroniennes. En voici les titres : Amphitruo (Amphitryon), imitée par Molière ; Asinaria[V ksinaire) ; Aulularia (la comédie de la Marmite), imitée par Molière dans ^on Avare\ Bacchides (les deux sœurs Bacchis); Captivi{\es Captifs), imitée par Rotrou ; Casina (Casine, nom propre), imitée par RegnarddanslesFo/ies amoureuses ;Curculio (le Charançon, sobriquet donnée un parasite); C/s^e/Zarea (la Cassette), dont une partie est perdue ; Fpidicus {"Ëipidique, nom propre); Mostellaria (le Revenant), imitée par Regnard dans le Retour im-prévu et par Destouches dans le Dissipateur,; Miles glo^ riosus (le Soldat fanfaron) ; Menœckmi (les Menechmes), imitée par Shakespeare, Rotrou et Regnard; Mercator (le Marchand) ; Pseudolus (le Trompeur) ; Pœnulus (le Carthaginois) ; Pérsa (le Persan) ; Budens (le Câble) ; Stichus (nom propre), dont une partie est perdue ;

Trinummus{V Homme aux trois deniers), imitée par Destouches dans le Dissipateur ; Truculentus (le Bourru).

Imitation de la comédie grecque. — Toutes les comédies de Plante appartiennent à la classe des fabulœ palliatœ, c'est-à-dire des pièces à sujets et à personnages grecs ^ Elles sont empruntées aux , poètes de la comédie moderne, à Philémon, à Diphile, à Ménandre, à Démophile. Mais cette reproduction n*a pas été littérale ; si le fond est grec, il est certain que les détails sont souvent romains. Telle est, dans le Pœnulus, la peinture curieuse des nouveaux citoyens, qui marchent gravement pour se distinguer des esclaves dont naguère encore ils faisaient partie, pénétrés du sentiment de leur dignité de fraîche date, et cependant toujours prêts à trafiquer de leurs témoignages et de leurs votes. Le tableau justifie d'une façon piquante la parole de Scipion l'Africain à la foule qui l'insultait : « Taisez-vous, faux fils de l'Italie ; ceux que j'ai amenés à Rome garrottés ne parviendront pas à me faire peur, maintenant qu'ils sont déchaînés ^. » f Si la scène nous porte à Athènes ou dans une autre wille de la Grèce ou de l'Asie Mineure, on retrouve îsans cesse les divinités romaines, les magistratures ' romaines, des noms de quartiers ou de places publiques Me Rome. Le Capitale est nommé àEpidaure ; la porte Mélia ou porte Esquiline figure dans une ville d'Apulie ' ; il est question à Carthage du comice \ Dans V Amphitryon, Sosie nomme les tresviri magis-

1 . Nous avons vu qu'on appelait prœtextdB ou prœtextatœ les tragédies à personnages romains. Les comédies de même naèure s'appelaient togatœ. La, toge est le vêtement romain par excellence; le pallium est le manteau grec ; la toge prétexte est le manteau bordé de pourpre réservé aux magistrats et aux hommes de qualité, héros de la tragédie.

2. Tacete, quibus Italia noverca est ; non efficietis ut quos ego vinctos Romam adduxi, nunc eos solutos verear.

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