‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 319 sur 433 · I, V. 186 et suiv · texte numérisé non relu

I, V. 186 et suiv

stature colossale, dont les cheveux blancs tombent en désordre de sa tête couronnée de tours ». Elle s'adresse à Tarmée de César :

Où courez-vous, soldats? où portez-vousmes enseignes? Si le bon droit est pour vous, si vous venez en citoyens, vous ne devez pas franchir ces limites!

César, sans lui répondre, apostrophe Jupiter Capitolin, Quirinus, le feu des vestales, Rome elle-même, qui est aussi, dit-il, une divinité puissante; il la prend à témoin qu'il est toujours son soldat et que le crime est pour celui qui l'aura fait son ennemi. Puis il traverse le Rubicon avec ses légions. Il n'est plus question de la Patrie, que toute l'armée a dû voir et entendre.

Le second genre de merveilleux n'est guère mieux ménagé ni plus vraisemblable. Au commencement du troisième livre, l'ombre de Julie, la fille de César, la première femme de Pompée, apparaît à celui-ci pendant son sommeil. Chose étrange! c'est sur elle que les dieux (car ici les dieux jouent leur rôle) font retomber le crime de la guerre civile. Elle a été chassée des demeures de l'Elysée et précipitée dans le Tartare. Elle annonce à son mari tous les malheurs qui se préparent : Charon n'aura pas assez de sa barque. Il équipe une flotte entière pour transporter les victimes de la guerre; on élargit les cachots des enfers *. Elle maudit Cornélie qui lui a.succédé quand sa cendre était encore chaude (or, après les deux ans de veuvage de Pompée, cette cendre devait être refroidie); elle donne à cette épouse légitime le nom de femme impudique (pellex) ; elle menace les nouveaux époux

Praeparat innumeras puppes Acheruntis adusli Portitor; in multas laxantur Tartara pœnas.

de les poursuivre jusque dans leur sommeil. D'ailleurs sa vengeance est prochaine, la guerre civile va rendre Pompée à Julie. Celui-ci se réveille, se trouble, mais il se rassure par ces réflexions : « Ou la mort ne laisse aux âmes aucun sentiment de la vie, ou la mort elle-même n'est rien *. »

Quelle est, au juste, l'opinion de l'auteur sur cette autre existence? Nous avons vu déjà qu'il transporte Pompée dans une région supérieure et brillante, séjour des âmes vertueuses. Mais son héros n'y reste pas longtemps. Après s'être pénétré de cette vraie lumière, après avoir souri de nos ténèbres que nous décorons du nom de jour, il redescend dans le sein du vertueux Brutus et va se fixer dans l'âme de l'inflexible Gaton '. Quel singulier mélange de toutes les croyances religieuses et de toutes les conceptions philosophiques!

Un dernier trait achèvera de peindre l'incohérence des idées du poète. Après la mort de Pompée, Gornélie s'écrie qu'elle le suivra h travers le vide du Chaos, dans le Tartare; mais elle ajoute prudemment : «Si toutefois il y en a un ^. »

Caton, le dieu de Lucain, a parlé des oracles avec un éloquent mépris.

La divinité, dit-il, n'a pas besoin de paroles; en nous donnant Têtre, elle nous a dit tout ce qu'il est permis de savoir. Aurait-elle choisi des sables stériles, pour n'instruire que le petit nombre, pour enfouir la vérité sous cette poussière? Est-il une autre demeure pour elle que

Aut nihil est sensus animis a morte relictum, Aut mors ipsa nihil.

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