IX, V
Jam nunc te per inane Chaos, per Tartara, conjux. Si sunt ulla, sequar!
la terre, la mer, l'air, le ciel et la vertu? Pourquoi chercher les dieux plus loin? Jupiter est tout ce que tu vois, tout l'espace que tu parcours ^ .
Cependant Lucain n'a pu s'interdire de composer sur le modèle de Virgile une longue scène de pythonisse. Depuis longtemps, l'oracle de Delphes est muet, mais Appius, gouverneur d'Achaïe, veut le consulter; en vain la jeune prêtresse Phémonoé refuse son ministère ; poussée de force dans l'antre prophétique, elle rend, au milieu d'effrayantes convulsions,, un oracle ambigu qui trompe Appius, et meurt victime de l'inspiration. M. Nisard a rapproché ce long épisode du célèbre tableau de Yirgile *, et il a montré comment à la discrétion, à la délicatesse, à la chasteté virgiliennes, Lucain a substitué, en forçant le& images, les contorsions repoussantes d'une convulsionnaire. Le même critique a comparé les présages qui précèdent, dans Virgile, la mort de César, avec les présages de la guerre civile au premier livre de Lucain ^ ; il a fait voir combien cette longue amplification, où tout est exagéré, chargé, forcé, le cède à la description simple et sobre du poète des Géorgiques.
Ce n'est pas là tout le merveilleux qui se rencontre chez Lucain. Il faut lire encore la scène de la magicienne de Thessalie, consultée par Sextus Pompée. Par ses enchantements, elle ranime un cadavre, qui prédit au jeune homme les malheurs de son père et de sa famille. On ne peut rien imaginer de plus sombre et de plus horrible que ces tableaux qui remplissent toute une moitié du sixième livre de la Pharsale *. La Canidie d'Horace est bien dépassée. Et Lucain semble