‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 321 sur 433 · Pages 210 et suiv · texte numérisé non relu

Pages 210 et suiv

croire à la puissance de ces abominables sortilèges quand il s'écrie :

Quel travail pour les dieux que d'obéir à ces enchantements et à ces breuvages ! Quelle est la loi qui les y s.oumet? Est-ce par nécessité qu'ils leur obéissent, ou par plaisir?

L'auteur d'une excellente thèse que nous avons beaucoup consultée*, M, Souriau, raille spirituellement ces réflexions de Lucain : « N'est-ce pas le poète lui-même, dit-il, qui a prêté bénévolement aux dieux ce rôle dont il s'étonne *? »

Nous ne poursuivrons pas ces analyses déjà longues. Nous en avons dit assez pour avoir le droit de conclure que le merveilleux de Lucain n'est qu'un ornement postiche, destiné par le poète à varier l'intérêt de son œuvre et y multiplier les tableaux frappants. Tout est incohérence et contradiction dans ses idées religieuses. 11 ne croit pas aux dieux, et il les injurie; il mêle sans cesse aux doctrines du Portique et d'Épicure les plus grossières superstitions du vulgaire; c'est une lutte continuelle entre l'épopée et l'histoire, entre la philosophie et la religion. Ce mélange inconciliable nuit à l'ouvrage à la fois comme poème et coinme récit historique.

Lucain poète. Conclusions générales. —Des études que nous venons de faire, il est facile de tirer des conclusions générales sur l'œuvre de Lucain. Il ne faut pas y chercher l'art profond et savant, les proportions sagement calculées, l'unité de ton et de couleurs, ce souci de la vérité ou de la vraisemblance qui sont l'éternel honneur d'un Virgile. L'auteur des Géorgi-

1. De Deorum ministeriis in Pharsalia, thèse pour le doctorat,

Page 1