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ques mettait sept années à méditer, à composer son poème ; V Enéide occupait pendant onze ans les loisirs laborieux de sa retraite de Noies, et, en mourant, il demandait qu'on détruisît son œuvre inachevée. Rien ne ressemble dans Lucain à ce travail patient et consciencieux, à cette recherche du parfait, à ce respect du public et de l'art. Brillant élève des écoles, il écrit en vue des lectures publiques, il entasse dans son poème, sans se soucier de la convenance, de la cohérence, de l'unité, tout ce qui doit faire admirer son talent, tout ce qui doit frapper les imaginations et les oreilles. Stoïcien de cour, républicain ami et flatteur de Néron, il n'a d'autres convictions que celles du déclamateur, qui s'échaujffe pour chacun de ses sujets. et qui épouse tour à tour, avec une verve égale, les idées et les sentiments de tous ses personnages.
Ce qui domine dans le poème de Lucain, ce sont les descriptions et les discours. Le poète saisit toutes les occasions de décrire. Ce ne sont pas seulement les présages, les prédictions des augures, les oracles, les évocations des sorciers qui lui servent de thème ; il y a chez lui des tempêtes, des pestes, des inondations, des famines ; les souvenii^s mythologiques sont mis à contribution comme les phénomènes naturels ; la géographie a sa large part. L'armée de César compte dans ses rangs beaucoup de Gaulois. Lucain a bien soin de nous énumérer les fleuves, les campagnes, les populations de la Gaule, depuis le Var et. TAdour jusqu'au Rhin et jusqu'à cet Océan soumis à un mouvement de flux et de reflux dont le mystère étonne le poète. 11 n'oublie ni les chants des bardes, ni les rites barbares des druides, ni le sang qui coule sur les autels de Tentâtes*. Plus loin, c'est la chaîne