IV
tirades, l'abus des grands mouvements et des figures pathétiques, Taccumulation des traits, l'emphase qui fausse les caractères, la solennité monotone du rythme, des coupes, de la cadence, tous ces brillants défauts semblent justifier le jugement de Quintilien. Que nous sommes loin de l'harmonie souple, variée, délicieuse de Virgile, de son naturel exquis et pénétrant! Après un long commerce avec la Pharsale, comment ne point partager l'avis de M. Nisard, et ne pas préférer la poésie « douce, profonde, reposante du poète de Mantoue, à la poésie violente, superficielle, inquiétante » de l'élève prodige des déclamateurs?
Lucain a eu cependant beaucoup d'admirateurs enthousiastes, parmi lesquels notre grand Corneille figure au premier rang. 11 ne faut pas s'en étonner. Si l'on étudie la Pharsale dans sa composition et son ensemble, on est vivement choqué des contradictions, des incohérences, des digressions dépiesurées, des fautes de goût que nous y avons relevées ; ce n'est pas sans une grande fatigue qu'on va jusqu'au bout du poème, ni même qu'on en lit à la suite deux ou trois livres. Mais nul ouvrage ne gagne plus à la méthode des extraits; mil n'est plus riche en beaux morceaux qui, détachés, frappent vivement l'imagination et l'oreille. Alors l'abondance des mouvements oratoires, la grandeur souvent outrée des sentiments et des maximes, tous ces traits qui éblouissent comme des éclairs, la forte sonorité des vers, la fière brusquerie des coupes, tout frappe, tout secoue. 11 faut lire ce poème comme Lucain l'a écrit, comme il a voulu qu'on l'entendit, par morceaux. Malgré l'inévitable impuissance d'une traduction qui ne peut rendre ni la vigueur ramassée du style ni la musique retentissante des vers, les passages que nous avons cités *